Interview de Jean-Noël Montagné sur la surveillance numérique #1

En cette période de confinement, nous avons eu l’occasion d’interviewer Jean-Noël Montagné, spécialiste des questions technologiques et environnementales en tant qu’activiste du 06.

Interview de Jean-Noël Montagné par Quentin et Tania (42 minutes) :

« la surveillance » du début jusqu’à 26 : 40, puis « la transition écologique et citoyenne »

Côté technologique, il est fondateur du NiceLab, un « hackerspace » ou autrement dit un laboratoire ouvert en français, dans le quartier de Riquier à Nice. C’est en général un endroit où des personnes participent à des projets autour de logiciels libres, de matériels libres, de ressources documentaires sous licence libre ou de médias alternatifs alimentant ainsi un patrimoine informationnel commun (Wikipédia). Côté environnemental, il est cofondateur du collectif « Synergie de la transition écologique » qui oeuvre à la coordination des acteurs du département 06 dans le sens d’une transition écologique et citoyenne.

Dans le contexte de la crise sanitaire actuelle liée au Covid-19, Ligne16 a d’abord interrogé Jean-Noël sur les outils technologiques de surveillance mis en place par les pouvoirs publics pour lutter contre l’épidémie, puis la deuxième partie de l’interview a ouvert des pistes de réflexion sur le « monde d’après » la crise sanitaire, en particulier autour de la transition écologique et citoyenne (voir article partie #2 et à partir de 26:40 de l’interview sonore). 

Le retour d’un Etat de surveillance ?

Pour Jean-Noël, les réponses technologiques des pouvoirs publics à la crise, comme l’utilisation des drones par exemple, répondent avant tout à l’angoisse de la population pour tenter de créer un sentiment de sécurité.

Désinfection – France info

Les communes rivaliseraient ainsi d’inventivité pour rassurer leur population (d’autant plus que les élections municipales ne sont pas terminées dans certaines communes), bien que les méthodes utilisées ne soient pas forcément efficaces. Il prend ainsi pour exemple la désinfection des rues dont l’utilité n’est pas prouvée (voir article) ou encore le survol de Nice par un aéroplaneur (voir article).

Après avoir discuté de ces méthodes pas forcément utiles, il aborde la question du projet du gouvernement de mettre en place une application de traçage numérique de la population nommée « StopCovid » pour contrôler l’épidémie (voir article de France3-Auvergne). 

Pour lui, cette technologie ne peut être efficace que si toute la population s’en sert, or c’est loin d’être dans le cas en France avec la fracture numérique territoriale et générationnelle. Ainsi, le paradoxe est que ce sont les personnes les plus vulnérables dont les personnes âgées qui sont les moins équipées. Ainsi cette application, bien qu’elle respecte la vie privée dans le projet actuel, rencontre de nombreux obstacles qui limite son efficacité.

Il y a le manque d’équipement de la population et le manque de précision du Bluetooth à une échelle réduite (comme dans les transports en commun par exemple du fait de la proximité des personnes) et encore la nécessité du consentement de la population pour installer l’application.

« La technologie ne peut pas tout résoudre, la médecine oui.

Ainsi pour lui, le testage de toute la population serait bien plus efficace pour déterminer les foyers épidémiques qu’une application de traçage numérique ne s’appliquant pas à toute la population.

Un débat sur la surveillance numérique de l’Etat dépassé

Face à ce projet, de nombreuses interrogations ont ressurgi, en particulier en matière de protection de la vie privée. Toutefois, pour Jean-Noël, ce débat est dépassé dans la mesure où la surveillance numérique se fait déjà de manière bien plus intrusive par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en particulier.

D’autant plus que le projet actuel ne semble pas menacer la vie privée. Il  prend ainsi divers exemples pour montrer à quel point le débat actuel est un faux-débat, la surveillance numérique étant déjà là et de manière bien plus importante que ce que l’on peut souvent penser.                               

Premièrement, il parle de la géolocalisation par Google et Apple (car ce sont les distributeurs d’Android et d’IOS – principaux systèmes d’exploitation de nos smartphones) qui se fait au mètre près en ville, bien souvent sans notre consentement. Deuxièmement, il s’intéresse à la reconnaissance faciale, souvent décriée, en rappelant par exemple que :

Depuis 2013, Facebook sait nous reconnaître de dos.

voir article www.presse-citron.net

Pour lui, il n’y a donc pas d’équilibre possible entre protection de la vie privée et la surveillance du fait de l’état très avancé de la surveillance numérique par les GAFAM. D’autant plus, qu’en période de crise comme celle que nous connaissons :

Les gens sont prêts à perdre des parts de liberté pour un sentiment ou une illusion de sécurité.

Ainsi, notamment du fait de la difficulté de compréhension des enjeux informatiques de notre temps (voir émission sur la surveillance de masse à laquelle Jean-Noël était présent en tant qu’invité), la surveillance numérique a déjà envahi nos vies à notre insu. Les technologies mises en place par l’Etat ont donc surtout pour but de rassurer les gens face à l’angoisse. Pour résumer :

La technologie apparaît comme une solution miracle. 

Quentin (article, interview) & Tania (montage audio de l’interview).