2ème grève des jeunes pour le climat : quelles solutions pour répondre à l’urgence ?

Le vendredi 24 mai a eu lieu à Nice, la seconde grève scolaire pour le climat. Les jeunes étudiants et autres manifestants venus les soutenir dans leur démarche, se sont réunis dès 10 heures sur la place Garibaldi, avant d’entamer leur marche jusqu’à la place Masséna.

Nous sommes ainsi allés à la rencontre des personnes venues exprimer leur colère devant l’ignorance de la société face à l’enjeu écologique. Un problème trop peu souvent pris au sérieux alors même que le changement climatique et la destruction de la biodiversité menacent l’avenir des générations futures. 

Un passage à la mobilisation difficile

Lors de la première marche (voir article), nous avions réalisé nos interviews dans le but de comprendre le problème et d’expliquer les origines de la mobilisation (voir article).

Pour cette seconde marche, nous avons souhaité nous concentrer sur les solutions à mettre en place pour faire face à l’urgence dans la mesure où ces dernières sont souvent trop floues.

Le premier constat à faire, avant de s’intéresser aux solutions, est que pour la plupart des personnes, pas grand-chose n’a changé depuis la première marche étudiante du 15 mars.

Pour Cécile et Carla, lycéennes en classe de seconde, ces marches sont le seul moment où les jeunes ont vraiment le droit de donner leur avis sur le sujet. Pour autant, elles déplorent la baisse du nombre d’étudiants venus manifester et y voient un manque de motivation de la part des jeunes.

Pour Suzon de « La larme verte », les jeunes sont d’accord mentalement avec les revendications mais ce n’est pas pour autant qu’ils agissent. Elle constate elle aussi une régression du mouvement même s’il y a de plus en plus de monde qui suit leur compte sur Instagram. Ainsi, il y a un fort élan en faveur de l’écologie comme le montre les plus de 40 000 abonnés de « Lalarmeverte » mais une difficulté à passer à l’action dans la rue.

Les marches sont pourtant très importantes pour elle, car elles montrent que les jeunes sont conscients des enjeux éco-climatiques, que les jeunes ont envie d’agir et que les jeunes se disent : voilà, c’est maintenant !

Suzon de « Lalarmeverte »

Toutefois, pour Jean d’Extinction Rebellion, le mouvement de la jeunesse pour l’écologie a eu le mérite d’alerter les plus âgés et donc de favoriser une prise de conscience collective du problème.

La « transition écologique », entre incapacité et nécessité de la politique

Tout le monde nous le dit, l’urgence écologique est là. Pour résoudre le problème, on nous parle souvent de « transition écologique », en particulier au niveau politique. Mais en réalité qu’est-ce que la « transition écologique » ? Peut-elle se faire grâce à la politique ?

Pour Célia, étudiante en terminale ES, la transition écologique est avant tout un changement de mode de vie, moins tourné vers la consommation à outrance.

Un point de vue partagé par un groupe de gilets jaunes selon lesquels il faut passer d’un fonctionnement à un autre de manière progressive. Ils prennent ainsi l’exemple de la transition énergétique avec le passage de l’utilisation des énergies dites fossiles (comme le pétrole ou le charbon) aux énergies renouvelables (comme l’éolien ou le solaire).

Toutefois, pour d’autres, il s’agit avant tout d’un mot à la mode. Un mot des hommes politiques pour nous faire croire qu’il existe des solutions alors que nous sommes déjà au pied du mur.

Pour Jean d’Extinction Rebellion, le problème de la transition écologique c’est le green washing, c’est-à-dire le fait de faire passer un message soi disant « écologique » pour se donner bonne conscience et donner une bonne image.

Une pratique que l’on retrouve de partout, que ce soit au niveau politique ou au niveau des grandes entreprises. Pour lui, on ne peut donc pas compter sur les politiques pour mener une transition écologique.

Si demain le fait de changer les choses pour le climat rapportait de l’argent, je pense que tout le monde le ferait.

Jean, militant d’Extinction Rebellion

Une transition d’autant plus compliqué, voire impossible, à mettre en place du fait que nous vivons dans une économie dite « capitaliste ».

Il souligne que « tant qu’on est dans un système capitaliste, il n’y a aucune action cohérente qui peut aller dans le sens du climat et de la planète » dans la mesure où cela va à l’encontre de la recherche de profit et de l’accumulation de capital à tout prix, même au détriment de l’environnement.

Jean, militant d’Extinction Rebellion

Cependant, certains gardent espoir comme Tess, jeune étudiante, qui pense que la transition écologique doit passer par la politique.

Si on veut des changements majeurs, il faut à tout prix que le gouvernement ou alors les grandes entreprises multinationales prennent part à ça.

Tess, jeune lycéenne
Des solutions radicales face à l’urgence ?

Il semble donc aujourd’hui très difficile de mettre en place une vraie transition écologique avec les systèmes « politique et économique » actuels.

Quelles seraient les principales mesures qui devraient être appliquées pour faire face à l’urgence ? Au vu de l’ampleur du problème, des solutions plus ou moins radicales sont proposées.

Pour Célia par exemple, il faut réduire sa consommation personnelle et cela passe par une réduction de la production en général. Pour elle, le ralentissement de la croissance est la seule solution, la nature passant avant le profit. Un constat partagé par Jean pour qui « on est dans un système où l’on formate les gens à être des consommateurs« . Il rajoute qu’aux yeux des politiques « nous ne sommes que des porte-feuilles vivants« .

Ainsi pour certains plus radicaux, il faut tout stopper pour éviter la catastrophe. Une solution qui n’en est peut-être pas une mais qui s’explique par un grand pessimisme face à la catastrophe qui arrive. Une femme qui se désigne comme une « citoyenne lambda » nous dit « Je ne me contente ni de petits pas, ni de grands pas« .

Pour elle, il faudrait par exemple boycotter les grandes surfaces car on impose aux gens leur consommation alors qu’il existe des alternatives. Néanmoins, d’autres personnes comme Suzon de « Lalarme verte » sont moins radicales.

On dit que l’écologie c’est la décroissance, enfin on dit que ça va tuer la croissance mais au contraire je pense qu’on doit pas tuer la croissance, je pense qu’on doit juste la transformer. (…). Je pense qu’on doit s’inventer une nouvelle croissance.

Suzon de « Lalarmeverte »
L’éducation, la meilleure arme pour changer le monde ?

Face à l’hypocrisie des politiques, qui, comme nous le rappellent les gilets jaunes, augmentent les taxes sur la carburant pour les voitures mais se déplacent en avion pour un simple dîner, l’éducation n’est-elle pas le meilleur moyen de sensibiliser les gens à l’urgence écologique ?

Comme nous le disent encore une fois les gilets jaunes, le climat est l’affaire de tous mais pourtant tout le monde ne se sent pas encore concerné par la destruction de la nature et le dérèglement climatique, une simple question d’égoïsme par rapport aux générations futures ou une question plus complexe de manque d’éducation ?

C’est dommage qu’on en entende pas trop parler (à l’école) parce qu’il paraît que l’homme fait des trucs pas bien pour la Terre mais sans détails.

Amaya

Ce sont pourtant ces jeunes filles, Amaya et Paloma, qui nous rappellent avec le slogan de leur pancarte « pas de nature, pas de futur » que sans la nature il n’y aura pas de futur, notamment parce que sans nature le réchauffement climatique s’accélérera et que nous devons tout à la nature comme nous le montre leur deuxième slogan « Pourquoi lui fait-on ça ? Notre terre qui nous a tant donné ».

Mais alors comment expliquer cette sensibilisation ? Tout simplement parce que « ma mère encourage », comme nous le dit l’une d’elle.

Malgré leur jeune âge, elles savent déjà qu’il faut que l’Homme pollue moins et produise moins de déchets. Ainsi de leur côté, elles font le tri sélectif, s’occupent du compostage et font du jardinage. Les parents seraient donc les premiers à devoir éveiller les enfants à une autre vision de choses comme le soutient Jean d’Extinction Rebellion. Pour lui, il n’y a pas d’engagement au niveau de l’Education nationale et les parents sont les premiers à devoir sensibiliser les enfants car la chose la plus importante pour lui, c’est la prise de conscience personnelle.

Une prise de conscience qui doit amener les jeunes à rejeter le mode de consommation de la génération de leurs parents selon une autre citoyenne. Pour elle, les jeunes doivent prendre leurs responsabilités pour être en accord avec leurs idées. Ils devraient par exemple arrêter d’acheter chinois et favoriser le local mais aussi rejeter la transition numérique, incarnée par leurs téléphones portables, qui est en contradiction avec la transition écologique.

Pour ce qui est de la sensibilisation des générations adultes, Jean pense qu’il faut des actions concrètes car les discours ont peu de portée sur les consciences.

Agissons et montrons aux gens que cela marche, qu’on peut faire autrement.

Jean, militant d’Extinction Rebellion

Des actions concrètes que mènent Louise et Suzon de « Lalarmeverte ». Elles sont par exemple allées distribuer des graines de trèfles blancs aux gens sur le marché de la Libération (voir lien). Ces graines qui doivent être mis sur les balcons avec les plantes ont pour but d’attirer les abeilles afin de lutter contre la dépollinisation. Une action qui permet de sensibiliser les gens à l’importance des abeilles tout en leur donnant un moyen concret d’agir.

L’Europe, un frein ou une solution ?

Cette marche pour le climat s’est déroulée le 24 mai, soit deux jours avant les élections européennes du 26 mai, l’occasion parfaite pour nous de nous intéresser au rôle que doit avoir l’Europe au niveau écologique selon les manifestants.

Une chose est sûre, cette marche était pour tous un cri d’alerte lancé aux décideurs politiques afin de les pousser à agir face à l’urgence.

Néanmoins, les avis sont divergents sur l’utilité de l’Europe pour faire face à la crise écologique.

D’une part, certains manifestants comme Célia, Cécile et Carla pensent qu’il faut agir au niveau européen pour changer les choses. Ainsi, pour ces deux dernières, les partis politiques parlent de plus en plus d’écologie, notamment grâce aux manifestations, et cela est bon signe. La cause écologique devrait d’ailleurs être prise en compte par tous les citoyens dans leur vote selon Célia. En effet, pour Tess, malgré la plus grande visibilité qu’a pris l’écologie grâce aux manifestations lancées par la jeune suédoise Greta Thunberg, il faut vraiment prendre l’écologie plus au sérieux.

D’autre part, d’autres manifestants pensent que l’Europe est un frein à la transition écologique. Pour le groupe de gilets jaunes que nous avons rencontrés, les traités européens empêchent cette transition et une sortie de l’Europe s’impose pour pouvoir changer les choses. Pour une autre citoyenne, l’influence des lobbys est trop grande pour espérer pouvoir changer les choses. De plus, pour elle, même si l’Europe changeait cela ne suffirait pas dans la mesure où il y a une nécessité d’un consensus mondial sur le sujet.

Toutefois, pour Jean, les marches pour le climat vont au-delà des élections européennes même si les politiques doivent prendre leurs responsabilités.

Il n’y aurait pas eu d’élection, la marche aurait eu lieu quand même parce qu’on est dans une urgence quoi qu’il en soit.

Quentin Brun (article, interviews, photos) et Océane Da Silva (interviews, montage audio et photos).