Samedi 7 juin, un millier de manifestants ont défilé sur la Promenade des Anglais, en marge de la 3ᵉ Conférence des Nations unies sur les océans qui se tient à Nice jusqu’au 13 juin. Une majorité des slogans portaient sur l’ambiguïté des aires marines protégées et sur le chalutage en eau profonde, coupable de vider les océans de leurs espèces vivantes.

Dans le département, quatre zones marines protégées d’une superficie de 134 hectares existent déjà depuis les années 1980 à Golfe-Juan, Beaulieu-sur-Mer, Roquebrune-Cap-Martin et Cagnes-sur-Mer. Elles sont gérées conjointement par le Département, le Comité Départemental des pêches maritimes et des élevages marins et les prud’homies de pêche concernées.
Ces zones marines sont entièrement protégées. La pêche sous toutes ses formes, la plongée sous-marine, le mouillage et le dragage y sont interdits.
La Métropole Nice Côte d’Azur, à son tour, a lancé « des études pour la création d’une aire marine protégée le long de notre littoral entre l’aéroport et le cap de Nice ». Mais quels seront les contours de cette future AMP ?
Car concernant les Aires Marines Protégées, il y en a pour tous les goûts.
L’Union internationale pour la conservation de la nature définit les AMP comme « Un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d’assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés ».
En France, cette appellation recouvre les parcs nationaux, les parcs naturels marins, les réserves naturelles ou encore les sites Natura 2000, des aires « protégées » dont l’efficacité dépend principalement des règles appliquées à la pêche. Car la majorité des AMP n’empêche pas les activités de pêche industrielle comme le chalutage de fond, qui concentre les principales critiques des manifestants rencontrés à Nice. Greenpeace a ainsi calculé que si les aires marines protégées représentent 33% de la surface maritime française, seules 4% bénéficient d’une protection efficace, dont seulement 0,03% dans les eaux métropolitaines.
Emmanuel Macron veut placer plus de 10% du territoire maritime français en « protection forte » (4% dans les eaux hexagonales). Mais cette protection ne semble pas si forte que ça, puisqu’elle interdira bien le chalutage de fond, mais pas les autres pratiques néfastes pour la biodiversité comme le chalutage pélagique.
Alors, quels contours pour la future AMP niçoise ? Philippe Spadotto, de Greenpeace Nice, s’interroge sur les AMP existantes, trop petites, et sur les contours de celle en projet dans la baie des Anges, en espérant qu’elle prévoie bien une protection intégrale au large du cap de Nice où existent de rares coraux rouges. Par ailleurs, si protéger le littoral est une intention louable, c’est plus au large que la pêche industrielle fait des ravages. Dans la baie des Anges, ce sont moins les techniques industrielles de pêche, somme toute plutôt rares, qui sont mises en cause que la pêche de loisir, qui échappe à toute réglementation. Les pêcheurs artisanaux s’en plaignent, eux qui sont plutôt favorables à la création d’une AMP qui contribue à régénérer le stock de poissons. Entre les pêcheurs artisanaux et ceux du dimanche, la Métropole va devoir faire un choix.

Focus sur les eaux de baignade à Nice
Peut-on se baigner en toute tranquillité à Nice ? Les eaux de baignade y sont-elles de qualité ? Ce n’est pas si sûr…
Une directive européenne impose la réalisation d’au moins quatre prélèvements pendant la saison touristique pour mesurer deux paramètres microbiologiques : les concentrations de deux bactéries indicatrices, Escherichia coli (EC) et entérocoques intestinaux (EI). En gros, les matières fécales.
Si l’ARS, à partir de ces données classe les plages niçoises entre « excellent » et « bon » (à l’exception de la plage du Centenaire, classée « suffisant »), Eaux et rivières de Bretagne est autrement plus alarmiste.
Les données sont pourtant les mêmes, c’est la méthodologie qui est différente. À partir d’au moins quatre prélèvements durant la période touristique sur les quatre dernières années et par un calcul dont on vous épargne les détails (vous les trouverez en annexe II de la directive), la directive classe les eaux de baignade entre « Bonne qualité », « Qualité suffisante » et « Qualité insuffisante ». De ces mêmes données, l’ARS classe les eaux de baignade en sept catégories : Excellent, Bon, Suffisant, Insuffisant, Insuffisamment de prélèvements, Site non classé, Interdiction. Sur les quatre dernières. Eaux et rivières de Bretagne en revanche, toujours avec les mêmes données et le classement défini par la directive, se contente de compter le nombre de prélèvements classés « Bons » sur les quatre dernières années : les plages « Recommandées » comptent au moins 95 % de prélèvements classés « Bon » et aucun prélèvement classé « Mauvais », les plages « Peu risquées », plus de 85 % des prélèvements classés « Bon », les plages « Déconseillées », entre 85 % et 70 % de prélèvements classés « Bon », et les plages « À éviter », moins de 70 % des prélèvements classés « Bon ».
Un exemple : si l’ARS considère que l’eau de baignade à la plage des Bains militaires, à la sortie du port, est « bonne », ERB conseille au contraire de l’éviter, l’eau n’y étant bonne que dans 66,22 % des prélèvements faits ces quatre dernières années, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas bons dans plus d’un tiers des cas.
Ça donne envie…

Liens : Greenpeace (https://www.greenpeace.fr/unoc-les-combats-essentiels-a-mener/), Waterkeeper Alliance (https://fr.waterkeeper.org/), No plastic in my sea (https://noplasticinmysea.org/conference-des-nations-unies-pour-locean/), Deep Sea Conservation Coalition (https://deep-sea-conservation.org/explore/dscc-at-the-un-ocean-conference/), Seas At Risk (https://seas-at-risk.org/general-news/seas-at-risk-art-of-change-unoc/), Le bruit qui court (https://www.le-bruit-qui-court.fr/), la LPO (https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/espace-presse/communiques/cp-2025/reaction-aux-annonces-unoc-sur-les-aires-marines-protegees) et l’UCPA (https://www.ucpa.com/).
Et merci au Massilia sound system…