Culture en péril

Mardi 15 décembre à Nice, les artistes, associations et citoyens, se sont rassemblés pour manifester leur incompréhension et leur colère face à la décision du gouvernement de ne pas ouvrir les salles de spectacles, cinémas, lieux culturels sous prétexte qu’ils ne font pas partis de l’essentiel dans nos vies. Ligne16 est allé interviewer des artistes et acteurs culturels afin de relayer leurs paroles sensées quant à la situation dramatique de tous les métiers de ce secteur, y compris pour le bien être de la population.

Comme dit Serge Dotti (qui nous a quitté) mais que nous avons pu lire sur une pancarte à cette manifestation :

de l’Air de l’Air de l’Air de l’Art de l’Art de l’Art

Interview de Christine Lidon, auteure, compositeur et interprète 

Christine Lidon, auteure, compositeur et membre de l’UNAC au centre national de la musique (CNM), se demande si la culture dérange.

Elle manifeste son mécontentement mais préfère voir aussi les côtés positifs de cette crise. « On parle de la culture comme jamais aujourd’hui. Le monde a soif de culture ; ça montre à quel point, c’est vital ! ». Elle nous informe aussi du programme d’aides directes aux auteurs (es) compositeurs (trices) qui vient d’être adopté par le conseil d’administration, et c’est historique, selon elle. 

Quoiqu’on en dise, la culture est un besoin essentiel.

Interview du clown Bidouille 

Magali Gibelin est clown à l’hôpital et elle a tous ses spectacles de Noël annulés. Elle pense à la suite et se demande ce qu’il va se passer tant au niveau de sa situation que celle du public qui ne va plus venir dans les salles de spectacle. Les gens ont peur. 

Ils ont peur d’avoir la trouille. 

Interview de Vincent Brochier, du théâtre anthéa à Antibes  

Vincent Brochier, secrétaire général d’anthéa, explique que l’équipe du théâtre passe son temps à décommander, recommander, re décommander et que là, le théâtre a dû embaucher 12 personnes pour faire ce travail. Pour lui, la décision de ne pas ouvrir est très étonnante car il n’y a pas connaissance d’avoir eu des clusters dans les salles de spectacle qui ont appliqué le protocole sanitaire. Et puis, il se demande comment la création va rebondir : « Je suis très inquiet pour la pluralité de la création sur le territoire » .

On a l’impression d’être les sacrifiés de l’histoire.

Interview de Magali Revest, danseuse et performeuse 

Magali Revest, artiste chorégraphe et plasticienne, pense que la conséquence va être grave au niveau de la dislocation sociale. Les individus ne peuvent plus se rencontrer alors que c’est indispensable. Cela va mettre en place les ruptures émotionnelles fortes dans la société. A force de changer sans arrêt, finalement ce n’est pas claire. Les injonctions brouillent les cartes et cela divise la population ; cela laisse s’infiltrer l’obscurantisme, le complotisme… On est face à un enjeu essentiel donc il faut réfléchir à ce que nous voulons faire et cela est ensemble qu’on peut le faire et non divisés. Le spectacle vivant a besoin du public pour exister. 

Le seul mot qui pour moi est essentiel, c’est la solidarité. 

Interview de Claudel Bertili, danseur, chanteur et comédien 

Claudel Bertili qui donne des cours de danse à l’Entre-Pont au 109 mais qui intervient aussi dans les grands événements de la Côte d’azur comme le Carnaval de Nice ou encore la fête du Citron à Menton, pense que la situation est dramatique. Il pense même à se reconvertir et ne sait pas comment on en est arrivé là.

Il ne comprend pas la décision du gouvernement qui est aussi tranchante et cela sans concertation avec le monde du spectacle qui est au bord du gouffre. 

L’art est un exutoire !

Interview de Christina Komi de l’association « La fabrique des mirages » 

Christina Komi, présidente de l’association « La fabrique des mirages » qui travaille autour du conte et des marionnettes, ne reconnaît pas la France d’aujourd’hui qui considère la culture comme non essentielle.

Pour elle, la raison de ne pas autoriser la réouverture des lieux où l’on se rencontre et où l’on partage, la rend perplexe et elle suppose que c’est parce que cela peut mener à une réflexion différente de la pensée unique. Elle pense que l’isolement est une tactique psychologique. 

C’est une tactique psychologique.

Interview de Christian, niçois adepte de la culture et des spectacles

Christian ne loupe jamais de spectacles à Nice et aux alentours. Il se déplace à vélo, en bus, en train, n’a pas la télévision, ni d’ordinateur et là, il conteste cette tyrannie où tout est fermé.

Il est venu soutenir les artistes et exprimer sa voix malgré sa déception qu’il n’y ait pas plus de monde alors que pour lui, c’est essentiel à la vie. 

La culture est quelque chose de vivant et d’essentiel à nous.

Reportage de Tania, assistée d’Hélène (photos).
Merci à Frédéric Pasquini pour la photo de Bidouille le clown.