3ème grève des jeunes pour le climat : de la volonté d’une mobilisation populaire à la désobéissance civile

Vendredi 20 septembre a eu lieu la 3ème grève scolaire mondiale pour le climat. A Nice, les lycéens et étudiants se sont réunis sur la place Garibaldi à 15h avant de marcher jusqu’à la place Masséna en passant par la promenade des Anglais.

Nous avons rencontré des manifestants venus exprimer leur inquiétude quant à l’inaction de la société face au réchauffement climatique qui menace l’avenir des générations présentes et futures.

Après avoir fait un constat du problème, nous nous sommes intéressés aux solutions potentielles mais aussi aux origines de la mobilisation.

Le problème est qu’aujourd’hui, malgré que la question du réchauffement climatique soit connue, ainsi que les différentes solutions à mettre en place, c’est un enjeu qui peine à mobiliser alors même que le pouvoir politique n’agit pas.

Les raisons de la difficulté à mobiliser

Mais alors pourquoi est-il aussi difficile de mobiliser les gens face au réchauffement climatique ? De nombreuses raisons pour répondre à cette interrogation ont été avancés par les manifestants.

Interview d’Arnaud, Sylvie, Quentin d’Alternatiba 06 et d’Alain de GreenPeace de Nice

Des militants adultes venus encadrer la manifestation pensent par exemple que les Alpes-Maritimes sont un département particulier dans le sens où il y a beaucoup de tourisme et de retraités, ce qui selon eux freine la mobilisation.

Ils mettent aussi en avant le fait que la société est de plus en plus individualiste, qu’il y a un manque de connaissance et d’informations sur le sujet et qu’il y a aussi beaucoup de désinformation.

Pour Maeva, étudiante pour devenir professeur des écoles, les nombreux préjugés qui existent sur les manifestants « écolos » divisent la société. Pour changer les choses, il faudrait arrêter de cantonner le réchauffement climatique à une question dite « environnementale » car l’impact du mode de vie occidental (en très grande partie responsable du problème) sur les autres pays du monde ne se limite pas à l’environnement.

Interview de Maeva, futur professeur des écoles

Maeva met en avant le fait que les catastrophes climatiques ont et auront toujours des conséquences aussi bien sur la disparition des espèces animales que sur les populations humaines avec des conséquences sur de très nombreux domaines comme les droits humains, l’immigration ou encore l’économie. D’autant plus que le côté lointain et abstrait (nous ressentons déjà les conséquences du réchauffement climatique mais nous ne connaissons pas précisément les conséquences futures) du problème, rend encore plus difficile la mobilisation.

Enfin, pour Guillaume, ingénieur, le manque d’une alternative totale et crédible qui fonctionne au système actuel serait une explication. Pour lui, tant qu’il n’y aura pas de vrai alternative, les citoyens se contenteront de contester et non pas d’agir.

Il faudrait ainsi construire un récit plus positif sur le sujet (contrairement à la taxe carbone à l’origine du mouvement des gilets jaunes par exemple qui est perçue négativement) pour mobiliser la société car comme il l’explique :

La cause écologique manque de récit positif ».

Interview de Guillaume, ingénieur

La volonté d’une mobilisation populaire

L’intérêt de mobiliser le plus de gens possible est de créer un effet de groupe pour avoir plus d’impact comme le dit Clarisse, étudiante en arts plastiques.       

Le but pour elle est de se faire entendre mais aussi d’agir à son échelle en recyclant, en réduisant sa consommation de viande ou en privilégiant les transports en commun par exemple.

Interview de Clarisse, étudiante en arts plastiques

Un constat partagé par Mathieu, un vidéaste indépendant pour qui il faut avant tout éveiller les consciences, mouvement auquel il participe en faisant de l’information.

Pour lui, si les décideurs politiques ne prennent pas des mesures radicales pour sauver la planète, malgré la pression de certains lobbys, ils ne servent à rien.

Le climat, cela concerne tout le monde ».

Interview de Mathieu, photographe et vidéaste

Des collégiens de Ségurane rencontrés en marge de la manifestation, mettent aussi en avant le rôle des dirigeants sans oublier l’importance de l’action individuelle.

Pour eux, tout le monde devrait s’y mettre, même s’ils sont les premiers à reconnaître que ce n’est pas une chose facile.

Rencontre avec Sania, Mohamed, Margot et Abder :

Se mobiliser autour d’une cause commune permet aussi de recréer du lien humain comme le souligne Sylvie, militante. Il faudrait ainsi promouvoir les initiatives en faveur d’un mode de vie plus durable car selon elle :

Beaucoup de gens se sentent concernés mais ne savent pas ce qu’ils peuvent faire. »

La désobéissance civile

Toutefois, au vu de l’urgence de la situation, il n’est pas possible pour certains d’attendre la mobilisation de plus en plus de personnes pour espérer avoir plus d’impact sur les politiques. Ces personnes prônent alors la désobéissance civile.

Un concept profond que nous a expliqué Quentin, encadrant de la manifestation et membres des associations « Alternatiba » et « ANV-COP21».

 

Interview de Quentin (8’14) :

 

Est-ce que ce que fait l’Etat va être juste? ».

Pour lui, la désobéissance civile doit se comprendre par la remise en cause de la légitimité de la loi et donc de l’Etat qui a promulgué cette dernière. En effet, quand les moyens démocratiques de contestation ne suffisent plus, il faut aller plus loin en désobéissant pour se faire entendre selon la logique de la désobéissance civile.

Il prend l’exemple récent des « décrocheurs » de portraits du président Emmanuel Macron. Cet action illégale est avant tout symbolique.

Comme le disent les militants : « Macron décroche (au niveau climatique et social), décrochons-le  ». Un délit qui a fait l’objet d’un procès dans lequel le juge a jugé « légitime » cette action.

Le but de ce genre d’action est ainsi de mettre la pression sur les politiques, comme Quentin l’indique, afin d’adapter la loi à la situation d’urgence actuelle.           

Il donne ensuite d’autres exemples d’action comme celle de la « République des pollueurs » qu’il nous explique.

De nouveaux types d’actions qui se multiplient et qui font écho à l’actualité. On peut par exemple penser au blocage du pont de Sully à Paris par des militants du groupe « Extinction Rebellion » en juin dernier qui avaient été évacués violemment par les forces de l’ordre.

Ou encore à l’action de blocage d’un centre commercial à Paris début octobre par des militants du même groupe occupant un lieu, selon leurs mots, « symbole du capitalisme ».                

De nombreuses raisons peuvent ainsi expliquer la difficulté à mobiliser les gens contre le réchauffement climatique, comme l’ont montré les manifestants que nous avons rencontrés.

Malgré cela, il y a une forte volonté de faire émerger une mobilisation réellement populaire qui concernerait l’ensemble de la société, bien au-delà des mouvements dits « écologistes », car le réchauffement climatique menace l’avenir de tous.

Le dilemme pour les militants est donc de trouver un équilibre entre la recherche d’une mobilisation populaire et la multiplication des actions plus radicales que des simples manifestations comme la désobéissance civile. En effet, au vu de l’urgence climatique, l’attente d’une mobilisation populaire est impossible car le climat lui, n’attend pas pour se dérégler et menacer notre existence.

Quentin (interviews, montage et article) et Lola (photos).