Pourquoi les lycéens sont dans la rue?

Depuis quelques semaines, à Nice, les lycéens manifestent pour exprimer leur colère concernant la réforme de l’éducation nationale et notamment du baccalauréat. Certains professeurs et syndicats ont rejoint le mouvement. Ligne16 est allée à leur rencontre au cours des manifestations, afin de comprendre leurs revendications.

Au son des tambours et des slogans criés, le mouvement déambule sur la route reliant Masséna et Garibaldi, ce vendredi 14 décembre. Pancartes à la main, « Un système post bac inégalitaire / J’ai mon bac, je choisi ma fac / Non à la sélection… », ces lycéens venus de plusieurs établissements azuréens, se réunissent pour crier leur mécontentement.

A la fin de la marche, arrivés à la place Garibaldi, ils ont soutenu les interpellés de Mantes-la-jolie en s’agenouillant mains sur la tête. Enfin, certains professeurs et élèves ont pris la parole à l’aide du haut-parleur, pour expliquer certains détails de la réforme qui semble précipitée et floue pour beaucoup.

« On n’écoute pas assez la voix des jeunes »

Montage de l’ambiance et des interviews au cours de la manifestation du 14 décembre (5’37) :

 

Pascal, étudiant en master, est venu soutenir le mouvement des élèves. Ce jeune homme n’oublie pas le ras-de-bol actuel qui les a incités à se mobiliser dans les rues : « On se mobilise aussi, car dans le contexte des gilets jaunes, cela encourage toutes les autres colères à s’exprimer ». Chaque manifestant cite des arguments différents pour expliquer leur mobilisation mais tous se rejoignent sur l’incertitude de leur avenir concernant cette réforme : Parcoursup, la réforme lycée et la réforme du Bac pro et du Bac général.

Le soutien des professeurs

Parmi ces jeunes, se trouvent également des professeurs venus « pour veiller à leur sécurité et les encadrer », comme Fabienne Langoureau, professeur de lettres au lycée Calmettes. Celle-ci partage quasiment toutes les revendications des élèves et fustige ces réformes « misent en place dans la précipitation, sans consultation des principaux intéressés que sont les professeurs, les élèves et les parents » et qui alimentent l’injustice sociale.

Voici les témoignages des professeurs rencontrés (14’39) :

 

Pourquoi ces réformes creusent les inégalités ?

Parcoursup, destiné à recueillir les vœux des futurs étudiants afin de choisir leur établissement d’études supérieures, suscite déjà des critiques.

Cette nouvelle plateforme mise en place l’année dernière dans l’intérêt de remplacer APB (Admission Post Bac),  a été testée mais pas approuvée, ou du moins pas par tous. Elle était destinée à remplacer la méthode injuste d’APB. En effet, pour départager des élèves mis sur liste d’attente dans les filières les plus demandées, l’ancienne plateforme avait recours au tirage au sort. Cette méthode est donc résolue mais les nouveaux critères restent flous et beaucoup dressent un bilan négatif et inégalitaire de ce nouveau système post-bac.

Comme l’explique cet étudiant en droit et militant du syndicat solidaire étudiant : « Parcoursup sélectionne les lycéens à l’entrée de l’université et fait que le bac n’est plus la seule condition d’accès ». Un autre jeune précise : « On ne sait pas comment fonctionne l’algorithme, mais il semblerait qu’en fonction du lycée d’où l’on vient, s’il est bien noté ou non, on a plus ou moins de chance d’obtenir la formation que l’on veut ». Dans cette logique, les élèves issus d’un lycée défavorisé, auraient moins de chance d’accéder à un établissement souhaité qu’un élève issu d’un lycée réputé.

Le problème reste toujours le manque de places dans les filières les plus demandées et le manque de clarté pour réaliser ses vœux.

Comme le relève Fabienne Lagoureau, professeur en lycée général : « Si vous connaissez les attentes de Parcoursup, vous pourrez choisir les bonnes spécialités ; Si vous avez une mauvaise information, Parcoursup sera bloqué complétement pour les études supérieures ». Olivier Salerno, professeur en communication visuelle au lycée pro à Pasteur, a déjà vécu la situation avec ses élèves. « En lycée professionnel, on a des élèves qui n’ont pas forcément un réseau et des parents qui sont derrière eux » (…) « Sur 12 élèves, j’en avais quand même trois qui étaient en foyer et avaient un problème d’accessibilité au numérique. Avec Parcoursup, tout se passe sur internet ». De plus, il rajoute que les services qui permettaient d’aider à l’orientation (Centre d’Information et d’Orientation) ferment leurs portes et sont aussi soumis à une réforme. Pour lui, les élèves sont délaissés et leur orientation repose sur le volontariat du professeur principal ou encore celui de la documentaliste, qui vont devoir enfiler encore une casquette supplémentaire.

Dans le même temps, certains remarquent que des établissements privés sont créés.

« Quand on supprime des moyens à l’enseignement, on supprime des moyens qui sont destinés aux publics les plus défavorisés. On va accentuer l’émergence des écoles privés. Par conséquent, les plus riches pourront avoir un enseignement de qualité, les plus pauvres non », explique une professeure du lycée pro Vauban. Selon le corps enseignant, une baisse des moyens dégrade les conditions d’enseignement et d’apprentissage. Pourtant, d’après les chiffres publiés par le gouvernement en septembre dernier, l’éducation nationale va voir son budget augmenter. Celui-ci est d’ailleurs le plus important de l’Etat. Néanmoins, 2650 postes seront supprimés dans les collèges et lycées, laissant des classes surchargées et remettant en cause les dédoublements.

 

En savoir plus :
Libération : Parcoursup ne reproduit pas les inégalités sociales, il les aggrave / avril 2018

Marianne : Fin des CIO : après la sélection à l’université, le gouvernement s’attaque à l’orientation au lycée / avril 2018

Site du ministère : loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel

Capital : Education nationale, un budget en hausse mais des suppressions de postes dans le secondaire / septembre 2018

Océane Da Silva.