Entretien avec l’artiste Ben

Ben, invité par la Ville de Nice, réalise une grande exposition qu’il a nommé : « La vie est un film », en rapport au cent ans de la Victorine, dans la grande Halle du 109 de plus de 2000 m2 de surface.

Ce niçois renommé, connu pour soutenir la création et l’expression artistique, en a profité pour inviter plus de 100 artistes.

L’inauguration aura lieu le 14 juin à 18h33 et marquera également le démarrage d’Eclairage public, un événement festif gratuit de 3 jours invitant les habitants à découvrir ce pôle de cultures contemporaines à Nice : le 109

Alexandra, Hajar, Yasmine, Wallid, Marine et Tania de Ligne16 ont sauté sur l’occasion pour le rencontrer en pleine préparation de l’exposition et lui ont proposé une interview qu’il a de suite accepté. Installés dans les fauteuils en plein cœur de l’exposition, nous lui avons posé de nombreuses questions sur l’exposition et ses invités, mais aussi sur son travail et ses réflexions.

Interview de Ben par Alexandra (19’59) :

 

Qui est Ben en dehors de ses signatures ? Il commence par nous expliquer qu’il a choisi cette typographie pour que tout le monde puisse l’identifier et déchiffrer ses phrases et ses questionnements.

Puis, il nous raconte qu’il est un personnage avec deux facettes ce qui implique deux dilemmes lorsqu’il s’agit de sa notoriété.

Il y a d’un côté, Ben l’artiste qui rencontre une gloire internationale et qui expose dans des galeries d’art plutôt élitistes ; et de l’autre, il y a ses produits dérivés qui permettent à tous d’avoir un produit « Ben » chez soi.

Entre les deux mon cœur balance, j’ai envie de m’adresser aux deux : en même temps aux jeunes et en même temps aux vieux collectionneurs ».

Lorsqu’on lui parle de l’exposition « la vie est un film », il nous confie ne pas avoir voulu faire de rétrospective comme c’est souvent le cas dans les musées, alors il a offert l’opportunité à d’autres artistes d’exposer à ses côtés.

Il nous explique qu’il y a deux volontés dans cette exposition : favoriser les artistes qui ont de la personnalité plutôt que des artistes qui possèdent déjà de la notoriété.

Mais il y a aussi l’idée de ne pas vouloir défendre l’art contemporain, car c’est un concept figé dans des définitions françaises et américaines, mais plutôt de mettre en avant la culture qui est propre à chacun. C’est pourquoi, un espace sera réservé aux artistes niçois.

Défendez votre culture et le nouveau dans votre culture ! »

Pour choisir quels artistes allaient venir exposer à ses côtés, il leur a posé trois questions : quelles sont les limites de l’art, du cinéma et de la vérité ?

Nous les lui avons posé à notre tour.

La vérité est quelque chose dont il nous a beaucoup parlé et qui est un élément central dans son travail. C’est pour lui une matière qu’il faut sans cesse mettre en question car elle n’est jamais acquise. Il part du constat que nous vivons dans une aire de désinformation et de contrôle de l’information, aussi, questionner la vérité lui paraît être une chose importante aujourd’hui.

Lorsqu’il nous parle du cinéma, les limites restent pour lui dans le fait que l’on filme le quotidien et les problèmes de la vie de tous les jours. On se demande donc si ce qui est filmé est vrai ou non. C’est ce qui questionne les limites du cinéma d’aujourd’hui et qui le rend intéressant.

Enfin, nous lui avons demandé de nous parler de sa vision du débat aujourd’hui. Le débat pour lui est fondamental car il permet de questionner la vie. Or, il trouve qu’aujourd’hui les débats sont tous transmis et cadrés avec le même prisme de lecture : le bien et le mal, le beau et le laid.

Il nous parle aussi de Fake news :

On a inventé la fake news pour combattre la vérité ».

Il nous exprime le fait que la pluralité des opinions a diminué, notamment dans des médias comme la télévision car elles nuisent à l’opinion générale. « Elles produisent un autre son de cloche ». Pour autant, une vision et un avis différent sont-ils une fake news ?

Il nous dit aussi que les gens ne peuvent pas moins débattre car il y a de nouvelles plateformes en ligne qui permettent de balancer ses opinions librement. Mais, il y aura forcément un tri du pouvoir à un moment donné et c’est aussi là qu’il faudra en parler.

 

Alexandra Pisano (interview, article), 
Yasmine (prise de son),  Marine Pontier (photos),
avec Hajar, Wallid et Tania.