Des mineurs isolés dans le 06

Lundi 15 Janvier, l’association Tous Citoyens ! a organisé une conférence-débat intitulée : « Mineurs isolés : quels sont leurs droits? comment les aider? ». Cette rencontre a eu lieu au théâtre des Loges, avenue Thiers à Nice.

Les citoyens et citoyennes déjà impliqués étaient présents, d’autres sensibilisés à ce sujet sont venus pour s’informer. La salle était comble et la solidarité était au rendez-vous. Cette rencontre avait en effet pour objectif de faire un appel à tous ceux qui souhaitent donner un peu de leurs temps pour aider ces mineurs.

David Nakache, président de l’association Tous citoyens!, avait invité Anneline Sabadel du Forum Réfugiés. Cette structure est habilitée à accueillir les réfugiés et à les aider pour leur demande d’asile. Depuis un certain temps, des mineurs se rendent au Forum, boulevard Grosso ; et celui-ci ne peut pas s’en occuper car ce n’est pas la même procédure. C’est comme ça qu’un partenariat s’est développé avec les solidaires. Des bénévoles sont appelés quand un mineur se présente au Forum Réfugiés afin de l’accompagner au commissariat Auvare, premier endroit du département où le jeune doit aller pour commencer les démarches afin d’être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Cette conférence-débat, nous a plongés dans la triste réalité du parcours du combattant de ces jeunes arrivants à Nice et des difficultés auxquelles sont confrontés leurs aidants, très loin des débats des plateaux télé sur le sujet. En exemple, très bientôt Martine Landry, militante d’Amnesty International France, sera jugée à Nice le 14 février prochain. Elle est poursuivie pour « délit de solidarité ».

Maître Damiano Mireille du Syndicat des Avocats de France, est amenée à s’occuper des mineurs non accompagnés et étrangers ; elle nous explique que ces jeunes ne relèvent pas du « droit d’asile » mais de la « protection de l’enfance ». Elle nous fait part du parcours semé d’embûches pour faire reconnaître ces jeunes comme mineurs et réussir à les confier à la « Protection de l’Enfance » pour une prise en charge et une mise  à l’abri dans un foyer. Cette procédure devrait normalement se dérouler sans aucun problème. Pourtant de plus en plus aujourd’hui, on voit se développer des contestations de la minorité. Ces suspicions sont malheureusement de plus en plus fréquentes et cela n’est pas uniquement dans notre département.

 

Nous l’écoutons dans cette interview réalisée par Gelsomina (3’16) :

Le jeune après avoir été enregistré à Auvare est soumis à l’évaluation de la « minorité » : « ils doivent prouver qu’ils sont mineurs ! ». Cette évaluation a lieu dans les 5 Jours, et s’ils ne sont pas reconnus mineurs, ils sont remis à la rue. On assiste malheureusement à de plus en plus de refus et pour des motifs très aléatoires (corpulence osseuse, incohérence dans le récit, photocopie de l’acte de naissance qui n’est pas un original…). Manifestement, tout est fait pour ne pas les prendre en charge, et ce constat est national. Cette pratique est extrêmement inquiétante d’après Maître Damiano.

David Nakache invite toutes les bonnes volontés à se faire connaître afin de venir en aide à ces jeunes. Il nous explique qu’il y a une réelle augmentation de ces mineurs isolés. Ces jeunes sont abîmés, et le seul accueil qui leur est fait à Nice, c’est le commissariat. On a l’impression au niveau administration que tout est mis en œuvre pour ne pas les accepter, alors qu’il devrait être pris en charge par le droit à la protection de l’enfance. « L’équipe de bénévoles s’épuise et on a besoin de relais. Il nous manque des moyens humains et financiers et c’est pourquoi, nous faisons appel aux bonnes volontés. Vous avez du temps pour leur apprendre le français, vous avez une chambre où vous pouvez héberger, vous avez une voiture pour emmener un jeune faire ses papiers, … Venez nous aider, rejoignez-nous! Vous pouvez nous appeler au 06.62.26.67.35, vous pouvez aller sur le blog de Tous citoyens! ».

Au cours des échanges avec la salle, Maric Lipandri, éducatrice au CLAJ, témoigne (3’43) :

 

« On est 2 éducateurs en poste pour 36 jeunes. (…) Les jeunes, la première chose qu’ils veulent, c’est apprendre. Mais s’ils ont plus de 16 ans, l’école n’est plus obligatoire et donc aucun apprentissage n’est proposé. Un réseau de bénévoles se met en place. Pour moi, éducatrice, ce qu’il y a de mieux, c’est qu’ils rentrent en apprentissage »,  explique Maric.

Peu de médias en parlent ; certains démontre par contre la violence faite aux migrants à Calais. Dans notre département dernièrement, des solidaires de la Roya ont filmé le trajet de mineurs isolés, cueillis à la gare de Menton, gardés dans une salle jusqu’à leur renvoie en Italie, sans pour autant exercer la procédure qui devrait être appliquée par les textes de loi, au titre de la protection de l’Enfance.

Des liens web sur le sujet :

France 3 du 24 janvier 2018 : Nice : Le tribunal retoque l’administration pour avoir reconduit un Erythréen mineur à la frontière

Rapport nommé TEMVI dont l’intitulé est « La criminalité forcée comme une nouvelle forme d’exploitation dans le champ de la traite : pratiques, savoirs basés sur les droits humains à travers la réalisation d’une étude pilote, d’un programme de formation multi-agences, de procédures-prototypes ». Ceci a été commandé par l’Union Européenne. « Chaque année en Europe plus de 10 000 victimes de traite des êtres humains sont identifiées. Parmi elles, 15 % sont mineures, souvent kidnappées, abusées dans leur pays d’origine, parfois âgées de seulement 11 ou 12 ans, elles sont ensuite déplacées dans un pays européen différent afin d’être exploitées par des réseaux criminels ».  Lien sur la vidéo pour sensibiliser à ce problème

Gelsomina & Tania.