Conférence-débat sur l’accueil des migrants

Lundi 18 décembre, à l’occasion de la journée mondiale dédiée aux migrants, le Collectif 06 Solidarité migrants a organisé une conférence-débat intitulée : « L’accueil, des solutions concrètes pour un enjeu de civilisation ». L’événement s’est déroulé à l’hôtel Splendid, boulevard Victor Hugo, un endroit privé qui a accepté de recevoir le propos et donc permis de l’organiser sur Nice. Cet échange a été très constructif.

Cette réunion a fait salle comble avec plus de 200 personnes ; elle avait pour but de partager des expériences d’accueil par des maires et élus de communes d’autres départements. Ceux-ci avaient fait le voyage spécialement  pour apporter leurs témoignages dans leur territoire. Les élus et les solidaires du 06 présents ont apporté de précieux éclairages sur la situation. Il faut savoir que le département a refusé d’ouvrir un centre d’accueil malgré les alarmes réitérées.

Tous les acteurs associatifs et individuels du 06 impliqués sont venus nombreux : René de Roya Citoyenne, Cédric Herrou, Pierre-Alain Mannoni, Hubert Jourdan de Habitat Citoyenneté, des acteurs d’Amnesty International, notamment Gérard Schmit, etc. Étaient également présents Yvan Gastaut historien et spécialiste des migrations, un architecte Cyrille Hanappé pour témoigner de l’expérience de Grande-Synthe dans le nord. Des mineurs accueillis comme Boubacar ont aussi pu exprimer leur avis. Le maire de Venanson, la Tour sur Tinée, un adjoint de la mairie de Biot, également une élue de Breil venue à titre personnel, même une conseillère municipale de Nice y ont trouvé un intérêt certain à cette réunion d’échanges et de compréhension.

L’intégralité de cette conférence-débat a été enregistrée, vous pouvez l’écouter ci-dessous (2h33) :

 

L’État ne remplit pas son rôle

Une grande mobilisation face à l’ampleur du problème et une solidarité citoyenne se sont mises en place dans les communes pour sauver des vies en danger et agir dans l’urgence car, d’après le Collectif des solidaires,  l’Etat non seulement ne remplit pas son rôle mais en plus, entrave les actes humanitaires que les citoyens s’évertuent à effectuer.

Des communes s’impliquent pour trouver des solutions et ça fonctionne !

Mr Philippe Bouissou de la mairie d’Ivry (94) a témoigné par une vidéo pour présenter ses actions. Le département ayant refusé l’ouverture d’un centre d’accueil alors que les arrivées de réfugiés étaient de plus en plus importantes, la mairie d’Ivry, avec l’appui de Emmaüs, a forcé l’État à agir et a obtenu gain de cause.

Nous l’écoutons (2’55) :

 

Mme Régine Ailhaud-Blanc de Champtercier (04), commune de 820 habitants a ouvert un centre de vacances inutilisé qui a permis d’héberger depuis septembre 2016 une centaine de jeunes surtout lors du démantèlement de Calais.  Après des réactions virulentes des habitants inquiets de voir ces nouveaux arrivants, la situation s’est calmée et des liens de solidarité se sont tissés, les appréhensions se sont évanouies et l’entraide a pris le dessus. Pourtant, des difficultés persistent notamment concernant les mineurs. « Le problème des mineurs non accompagnés est un gros problème », explique t-elle. Les jeunes attendent des réponses pendant plus de 6 mois.  « L’État doit se mobiliser en donnant plus de moyens, les conseils départementaux aussi », « si chacun accueille quelques migrants dans sa commune et bien, le problème sera résolu », conclue l’élue de Champtercier.

On l’écoute (8’11) :

 

Boubacar, un jeune accueilli par le village de Champtercier :

Il a expliqué son parcours  : Il a été accueilli par Emaüs alors qu’il dormait dans la rue. Il est aujourd’hui bénévole au Secours Populaire et donne des cours de Français. Il est engagé pour aider les autres à présent.

 

 

 

 

« C’est l’humanisme qui nous relie ici, tous ! », un beau témoignage qu’il nous livre (5’34).

 

Mr Gérard Fromm de la mairie de Briançon (04) répond à un accueil d’urgence avec la création d’un CRS, Collectif Refuge Solidaire.  Il souligne les besoins très importants des collectivités locales et le partenariat avec les besoins en matière de soins. Les professionnels de la montagne et les randonneurs se sont d’ailleurs mobilisés pour éviter des catastrophes car ils craignent que les réfugiés qui traversent les cols enneigés à pied, n’y laissent leur vie.

On l’écoute (5’00) :

 

Hubert Jourdan de la Colle sur loup (4’29) :

Mr Jourdan d’Habitat et Citoyenneté s’est mobilisé face à la carence des pouvoirs publics en matière d’hébergement des réfugiés dans les Alpes-Maritimes « tandis qu’il y aurait quelques 20 000 logements vacants dans ce département », s’insurge-t-il. Il a créé un lieu de vie communautaire qui héberge des réfugiés, c’est un lieu de transit où un travail d’orientation est réalisé. Il en a accueilli 2000 en 2 ans et demi venant de 15 nationalités de tout âge, de toute situation. Cela n’a créé aucun trouble ; bien au contraire, beaucoup de liens d’amitiés et d’échanges se sont créés.

 

Le maire de Venanson espère qu’avec le Collectif 06, les maires auront peut-être d’autres perspectives et se sentiront moins isolés. Un mouvement est né ce soir.

La mairie de Biot a, elle, organisé une réunion publique dans sa commune pour informer les habitants de ce qui se passait à Vintimille, le rôle d’une commune étant de faciliter et susciter la solidarité. Quant à l’élue de Breil venue à titre personnel, elle nous fait part des difficultés rencontrées dans le cadre de l’exercice de sa mission où le sujet de l’accueil des réfugiés a été  purement et simplement enlevé de l’ordre du jour par le préfet avec comme argumentaire « trop de tensions dans la population ». L’argument évoqué est aussi que c’est la compétence de l’État.

Tous ces témoignages font ressortir plusieurs  choses :

D’abord la carence de l’État qui n’a pas prévu d’abris suffisants, loin s’en faut, pour tous ces réfugiés en situation d’urgence en attendant de déposer leur demande d’asile. Pire, ils sont pourchassés comme des criminels. Le problème des mineurs isolés n’est pas non plus réglé par l’État et n’est pas digne pour ces enfants que l’on sait encore plus vulnérables. Des pressions doivent continuer à s’exercer pour que l’État donne des moyens aux communes afin que l’accueil  des réfugiés puisse être fait dans des conditions décentes avec une prise en charge des mineurs comme l’indique la Convention des Droits de l’Enfant.

Contrairement aux stéréotypes, la cohabitation des réfugiés avec la population se passe très bien dans les témoignages ; les fantasmes nauséabonds sur la « vague déferlante d’immigrés » véhiculés par l’extrême droite n’arrangent rien.  Certains élus auraient même constaté une baisse électorale du Front National dans des zones où il y aurait eu une proximité et des liens avec les réfugiés.

Cette réunion ne sera pas sans lendemain car les élus souhaitent  se tenir informés et s’organiser pour ne pas rester isolés dans les Alpes-Maritimes. 163 invitations  à ce débat ont été lancées aux maires par voie de courriels. On peut bien sûr déplorer que seulement deux ont répondu présents. Ce département est très particulier sur ce sujet et comme cela a été souligné lors de cette soirée, « il n’est plus dans l’État de droit ».

De plus, les politiques s’en mêlent et utilisent ce drame humain pour manipuler l’opinion à leur guise et c’est la surenchère orchestrée par les extrêmes qui donnent la température.

Enfin il convient de saluer le formidable élan de solidarité de citoyens, d’associations et d’élus de certaines communes qui s’est produit dans notre pays pour pallier cette carence et comme a exprimé Yvan Gastaut, « cette phase que nous traversons va s’inscrire dans l’histoire des migrations et nous aurons à notre niveau participé à cette histoire ».

Les médias présents ce soir n’étaient pas non plus très nombreux : Le Patriote, La Strada et nous-même Ligne16. Nous ne pouvons que nous étonner  qu’un événement de cette envergure, n’ai pas été relayé par davantage de médias.

Gelsomina (article) et Tania (audio).

En plus :

Lien sur un article du 17 décembre 2017 du JDD : interview d’un diplomate Pascal Brice, directeur de l’Ofpra, qui alerte dans une interview sur les « difficultés sérieuses » qui planent sur la procédure de demande d’asile.