Interview de Speedy Graphito à Éclairage public #5

Lors de cette 5ème édition d’Éclairage public, Speedy Graphito, l’un des pionniers du Street Art en France, a eu l’opportunité d’inviter des artistes afin de remplir le site du 109 de fresques et collages de très grands formats. Des graffeurs comme Ox, Astro, Rero, LadyM, William Hamer, Guitou TopGun, ArtMor, Jen Miller, César Malfi, Faben, Brian Caddy, Ernesto Novo, Wanjah, Jean Rooble, AlberOner ont ainsi contribué à embellir les murs en béton de ce pôle cultures. 

Les web reporters ont ainsi pu rencontrer certains artistes à l’œuvre et en ont profité pour réaliser des interviews. Voici celle de SPEEDY GRAPHITO, la vedette de l’événement, en pleine performance le samedi 25 septembre dans la traverse du 109.  

Ecoutez Speedy Graphito, pionnier du Street Art :

 

Speedy Graphito, de son nom Olivier Rizzo, se présente à nous comme un artiste qui peint des toiles et des murs. Il nous décrit tout de suite une de ses fresques en nous expliquant qu’il souhaitait rendre hommage à la performance avec Verbes d’Etats. Le but était de témoigner d’événements qui se sont passés au 109 et qui ne sont pas nécessairement connus des personnes. C’est une volonté d’avoir un regard sur le passé, toujours en ayant quelque chose d’actif en face de soi. Connu aussi pour ses phrases, il nous confie qu’il aime ajouter des mots, des poésies qui orientent sur l’intention de ce qu’il a envie de raconter. Il aime, toutefois, laisser toujours libre cours à l’imagination de chacun qui lit ses phrases ou regarde ses images.  

Speedy a commencé à ses 9 ans des cours de dessin, il a ensuite poursuivi avec des décors de théâtre, des écoles d’art, des tableaux, sans s’arrêter depuis. Avec modestie, il nous raconte ses débuts, qu’il avait envie de « mettre de la peinture dans les murs », parce qu’il n’avait pas d’endroit où montrer son travail.

Etant l’un des premiers à peindre dans les rues, il avait envie de « communiquer avec les autres ». Il nous mentionne ses outils et espaces de travail (la toile dans l’atelier, le mur dans la rue), expliquant que chaque choix d’outil représente une énergie différente : l’atelier le laissant seul face à sa toile et la rue lui permettant de se confronter aux gens, d’avoir un échange et de réaliser que le mur fait partie de la ville.

L’art urbain, c’est une sorte d’étiquette. On aime bien mettre les artistes dans des mouvements.

L’artiste nous parle de son regard sur le développement des arts urbains, en se rappelant qu’à ses débuts, il était souvent arrêté car cela relevait de l’interdit. Avant, un artiste de street art était vu comme une personne qui salissait les murs et se prenait des amendes.

Très très vite, les gens ont l’impression que les choses sont là depuis longtemps. Je suis sûr qu’à la fin de l’année, les fresques, ce sera normal… Elles auront toujours été là.

Avec le temps, l’intérêt pour ces personnes, pour ce qu’elles font, pour leur parcours a commencé à prendre le dessus. Et à un moment, nous sommes arrivés au stade où les gens se demandaient « combien ça coûte le mur que vous avez devant chez vous ? ». Cet art a commencé à attirer de nouveaux regards et l’attention des collectionneurs et à se développer de partout dans le monde en créant un nouveau marché. L’arrivée d’internet et des réseaux sociaux ont énormément contribué à ce mouvement artistique ! 

Aujourd’hui, même si le côté illégal des graffitis reste beaucoup dans l’esprit de certains, il y a une volonté des petites et grandes villes de mettre de l’art dans les rues. Pourquoi ? Parce que cela donne de la couleur, fait des points de repère pour les gens, attire un nouveau public d’amateurs, fait marcher le commerce… Maintenant, Speedy Graphito est même contacté par de petits villages pour aller « faire des murs ».

J’aime bien ce côté de s’emparer d’un lieu qui au départ n’est pas fait pour ça et puis, de se l’approprier.

Très content d’être à Nice, la ville du soleil qui donne la lumière pour peindre, il finit par affirmer que le style architectural du 109 est un style qu’il connaît et qu’il a l’habitude de rencontrer. La transformation du bâtiment en vue de faire oublier les anciens abattoirs, l’a conduit à inviter des artistes qui jouent avec des trompes l’œil et donnent l’impression que la fresque fait partie du bâtiment et a toujours été là. A la fin, « on s’attribue l’environnement dans lequel on évolue ». 

Son souhait est que plein d’artistes continuent de venir dans cette ville artistique qui est Nice pour développer cette culture. 

Photo Hugo Gueniffey

Reportage de Diana à partir de l’interview réalisée par Maï, Malia, Mohamed et Tania.