Nux Vomica, sortie du nouvel album : Manda !

Le groupe niçois Nux Vomica fait parti de l’histoire du quartier saint Roch et plus particulièrement du carnaval indépendant. Créé au départ pour donner un air au carnaval, le groupe a évolué et est composé à présent de nouveaux membres ; il sort un nouvel album Manda ! et joue pour fêter ça le samedi 16 mars dans la salle de spectacle de l’Entre-pont au 109. Ligne 16 est allée les rencontrer lors d’une répétition dans un studio à Saint-Roch et en a profité pour les interviewer.

VOICI L’INTERVIEW avec Louis Pastorelli (créateur du groupe, chant, guitare) et Vincent Calassi (chant) qui ont été au début de Nux Vomica, Xavier Borriglione (chant, fifre), Cédric Ledonne (batterie, tambourin, percu), Simon Martin (guitare), Sébastien Piromalli (basse), Djé Raggapero (machines) :


Un morceau en répétition « Bala la », premier morceau du CD :

Depuis les débuts du groupe en 1992, il y a toujours Louis et Vincent ; Les autres membres de Nux Vomica ont bien changé. Pour autant, le message et les valeurs niçoises sont restés intacts.

Voici l’interview retranscrite par Océane :

Depuis quand a été créé ce groupe ?

Louis : Oh, il y a longtemps ! Nux Vomica, c’est une musique qui est née du carnaval. Au départ, Nux Vomica c’est un groupe de peintres. Vincent et moi et on a voulu faire une fête de carnaval et on avait besoin d’une musique. On s’en est alors inventé une, à peu près en 1992. On avait besoin d’une musique qui nous correspondait. Ce qui existait à l’époque, le jazz et le rock ne correspondaient pas à l’énergie qu’on avait envie de partager avec les gens. C’est là que Djé est intervenu. Au fil du temps le groupe a changé. Mais au départ, Vincent et moi, on faisait de la peinture.

Pouvez-vous nous expliquer l’origine du nom « Nux Vomica » ?

Louis : C’est un médicament homéopathique que prenait ma fille. On arrivait pas à trouver de nom et il y avait ce truc sur la table. Je m’en rappelle, on discutait autour de la table. On a vu cette boîte et on a dit : « Nux Vomica, si elle en prend, c’est que ça doit pas faire de mal alors… ».

Vous êtes nombreux et vous possédez beaucoup d’instruments. Est-ce que vous pouvez définir votre style musical ?

Cédric : c’est un mélange d’instruments traditionnels et de musique moderne. Certains disent que c’est du « ragga niçois ». Je dirais que c’est un style « carnaval », style Nux Vomica.

Un mélange d’instruments traditionnels et de musique moderne

Vous nous avez dit que le groupe existait depuis longtemps, pouvez-vous nous expliquer l’évolution du groupe ?

Xavier : Je peux en parler puisque je suis arrivé dans une année assez charnière. Nux Vomica, c’était encore beaucoup « les machines et les voix ». Louis m’a contacté pour faire rentrer un peu plus de musiques traditionnelles au milieu des machines. Cela a marqué un peu un tournant plus acoustique et traditionnel. Avant le début des années 2000, le public disait que c’était du ragga davantage puis après avec l’arrivée des fifres et des percussions plus traditionnels, aujourd’hui, nous arrivons à cet équilibre entre le son des machines, des instruments électriques que l’on retrouve dans d’autres styles de musiques actuelles et puis des instruments traditionnels : le fifre et l’accordéon diatonique.

Cédric : moi, je suis arrivée par le conservatoire de Nice. Cela m’a donné une autre conception de la musique. Du coup il a fallu faire une batterie qui ne sonnait pas vraiment comme une batterie conventionnelle. Pourquoi le tambourin? parce qu’il y en a beaucoup dans la méditerranée, il y en a aussi dans tous les pays en fait du monde. Ce sont des instruments, on peut en faire un peu partout, c’est une batterie de poche. Ce qui était intéressant pour moi, c’est la 1ère fois que j’ai réalisé que dans ma ville, il y avait vraiment des quartiers avec une histoire, c’était super d’avoir des musiques qui parlaient de notre ville, de ma culture. Pour moi, ça a été une grande découverte et une révélation ; ça fait plaisir de jouer une musique qui vient de chez nous et d’essayer de la métisser, de manière un peu plus ouverte, de présenter la culture niçoise.

Dans le dernier album, vous nous faisiez voyager au Brésil. Quelle(s) influence(s) avez-vous décidez de travailler pour ce dernier album ?

Louis : Il y a quatre morceaux avec le fifre, qui parlent des pratiques encore vivantes dans l’arrière-pays. Avec Xavier, nous avons fait des aubades. Donc, nous nous sommes aperçus qu’il existe encore des endroits qui savent accueillir, avec des personnes qui font à manger et savent recevoir. C’est à dire que dès que l’on descend vers la ville, on a oublié tout ça. C’est une référence à ce symbole, à un savoir-vivre ensemble. Il y a donc une chanson d’aubade, une chanson avec le fifre… Après, il y a aussi une chanson de Vincent qui parle des voyages que nous avons fait. Par exemple, quand on est allé dans le sud de l’Italie, nous avons fait des collaborations, des spectacles etc. Ces chansons retracent notre vie, ce que l’on vit, ce que l’on connaît. C’est la matérialisation sonore de tout ça, des années qui passent, des rencontres que l’on fait et de ce qu’on vit.

Votre dernier album est sorti en 2006. Y-a-t-il une raison particulière du nombre d’années qui le séparent du nouvel album ?

Cédric : C’est vrai que ce n’est pas facile de sortir un nouvel album. Nous avons eu plusieurs phases. Il y a des gens qui viennent, des gens qui partent. Nous avons mis du temps à retrouver une équipe stable et à avoir du vécu et pouvoir présenter un travail abouti.

Louis : C’est une longue histoire que l’on raconte. Le temps passe, nous avons tous nos vies et elles changent, nous avec. Ce qui fait que c’est difficile de créer un album, de le matérialiser, de prendre le temps de le faire. Des fois, c’est plus long, tout simplement.

Quel message faites vous passer par le biais des paroles ?

Vincent : Ce que l’on raconte, c’est ce qu’on vit, ce à quoi on est confronté, aux difficultés de la vie. Des fois ça va, des fois ça va moins bien. C’est pas toujours difficile, il y a des moments de joies, de fêtes et il y a le carnaval et les fêtes de l’arrière-pays qui reviennent. Nous parlons de tout ce que l’on connaît, de ce que l’on vit.

Louis : La langue est importante parce que pendant des années, on nous a dit que le niçois était « ringard ». Je pense qu’il vaut mieux parler deux, trois langues car c’est un plus. Le fait de se pencher sur d’autres langues et d’autres cultures, c’est toujours riche.

Comment créez-vous vos chansons ?

Cédric : Dans cet album-là, il n’y a pas vraiment eu de règles. Par exemple, « Bala la », on part d’un rythme et cela a donné de l’inspiration à Louis pour les paroles, pour l’harmonie. D’autres fois, on est parti des fifres. Dans « Le Beau-parleur« , c’est Vincent qui est à l’origine de l’écriture. En fait, quelqu’un arrive avec une idée, après on essaye de développer et on le construit comme ça, en équipe.

Par rapport à votre site internet, c’est vrai que si nous ne parlons pas niçois, nous sommes un peu dépaysés. Est-ce vraiment voulu de garder votre univers pour ceux qui connaissent cette culture ou vous voulez forcer les gens à s’adapter à la vôtre ?

Xavier : C’est important que les gens l’entendent, que les gens la voient écrite. Certes, elle dépayse mais c’est une langue latine, une vraie langue. Il y a tellement peu de terrain d’expression et pour nous, c’est important parce qu’une langue locale porte une culture locale. Elle fait partie de la biodiversité humaine. On ne mange pas tous la même chose, on ne s’habille pas tous pareil et on ne parle pas tous un seul et même langage. Ce que l’on trouve très paradoxal, par exemple, c’est que les académiciens français luttent bec et ongles contre les langues régionales alors qu’ils se battent avec les mêmes arguments que nous pour défendre le français contre l’anglais global. C’est un petit peu une façon de porter quelque chose qui a un sens profond pour nous.

Vous qui avez toujours porter la culture niçoise dans votre musique, comment voyez-vous cette culture évoluer ?

Xavier : Il y a plusieurs aspects. Il y en a un de récent et qui est particulièrement négatif, c’est la suppression des postes de professeurs de langue régionale dans les lycées et les collèges. Après, il y a quand même des volontés de maintenir, de réappropriation culturelle. C’est pas simple d’exister quand on porte ce message et ces valeurs. On essaye de les porter de façon vivante, positive et festive et c’est pas facile.

Louis : Quand on parle de culture niçoise, on parle de culture en générale. Pourquoi la mettre dans un coin ? Je ne suis pas pour ça. Si l’on en parle en général, effectivement, à Nice, il y a toujours eu des problèmes de lieux d’expression et de soutien de la création. Par exemple, il n’y a pas à Nice, une salle de 400 places digne de ce nom alors que soit disant, c’est la 5ème ville de France. Partout en France, même en Italie, il y a des lieux pour jouer si ce n’est pour parler seulement de la musique. Je pense que c’est volontaire. Donc, la conception qu’ils peuvent avoir de la culture, c’est dans un musée ou sur une scène déguisée ; Là cela convient à tout le monde. La culture vivante, avec Vincent ou Xavier, on l’a vu vue dans la rue. Donc on parle beaucoup plus de ça. Aujourd’hui, il supprime même les moyens de la transmettre. Il y avait quelques miettes à l’école et ils suppriment même ça. En général, on peut se poser des questions sur le soutien à la création des jeunes qui vivent ici tout simplement. Nous, on essaie de porter ça pour transmettre, pour partager (…).

Vous faites partis de la culture alternative niçoise notamment avec le carnaval indépendant ou le hangar de St-Roch. Qu’est ce que vous auriez à dire aux jeunes générations ?

Sébastien : Je dirais aux jeunes qu’il faut qu’ils s’expriment, qu’ils créent, qu’ils fassent de la musique, au lieu de rester assis devant la télévision ou le téléphone, qu’ils s’éclatent, qu’ils soient créatifs.

Djé : Pour reparler du niçois, je pense que c’est important de s’intéresser à sa langue parce qu’elle ouvre des portes sur d’autres langues. En m’intéressant au niçois, j’ai découvert des langues du sud de l’Italie, le catalan, des langues du Brésil. Si je ne m’étais pas intéressé à la langue d’où je suis, je n’aurais pas connu ces cultures. Je trouve cela important. Ce n’est pas le fait de « tu te fermes », au contraire c’est une grande ouverture. Le message : venez faire la fête, venez chanter, venez danser le 16 mars, au 109, pour la sortie de l’album « Manda – Nissa Mediterranea » de Nux Vomica.

Cédric : Je dirais juste que si vous voulez nous rencontrer, tous les mardis soirs de 19h à 21h, on donne des cours à la Maison des associations, à St-Roch. On y apprend à jouer du fifre, du tambourin. Personnellement, je suis né ici et je me rendais compte de rien. C’est vrai, je ne connaissais aucune fête populaire. Pour moi ça a été vraiment une ouverture. C’est vrai que l’on a tendance à associer le niçois à la tradition. La tradition c’est quelque chose qui reste au musée. La tradition c’est peut-être la musique actuelle, d’une certaine époque. Et dans le groupe avec les sound-systems, pourquoi pas essayer, bien-sûr humblement, de créer quelque chose qui pourra rester.

Vincent : Un message rigolo, pas triste (rires). Battez-vous, si vous avez un projet, une idée, battez-vous. Une fois que vous vous êtes bien battus, que vous avez envie de quelque chose, je pense qu’il y a tout qui s’ouvre à vous. Il y aura des échecs surement mais quand on a envie de quelque chose, il faut se battre. Pour Nice, quand on vit dans une ville on ne peut que s’intéresser à elle, à tous ce qui l’a concerne.

Xavier : Aux jeunes, je leur dirais : cherchez à vous amuser. Pour bien s’amuser, il faut être curieux donc soyez curieux et amusez-vous bien.

Louis : Essayez de réaliser vos rêves, c’est ça, n’écoutez pas tout ce qu’on vous dit, vivez vos rêves, vos passions. Peut être, vous n’aurez pas beaucoup d’argent mais vous vivrez mieux. C’est pas toujours facile et ce n’est pas en un jour que cela se construit. Ce qui est beau : c’est le chemin, ce n’est pas forcément la fin.

Reportage d’Alexandra, Tania, Simmy et Océane.