Le 5 décembre : du ras-le-bol général à la convergence des luttes ? #2

Ce reportage fait suite au premier reportage sur la manifestation du 5 décembre. Pour rappel, Le 5 décembre dernier à Nice, suite à un appel interprofessionnel des syndicats à manifester (à l’exception de la CFDT), près de 10 000 personnes se sont réunies à 10h sur la place Masséna pour exprimer leur opposition à la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Dans le premier reportage, nous nous sommes intéressés aux personnes qui dénonçaient la baisse des pensions et la non-prise en compte des conditions de travail dans la réforme des retraites. Dans cette deuxième partie, nous allons voir les personnes qui alertent sur l’idéologie qu’il y aurait derrière cette réforme. Enfin, nous montrerons la diversité des manifestants, à travers les exemples de personnes venus défendre d’autres causes à l’occasion de cette « grève générale ».

Derrière la réforme, une idéologie ?

Pour certains manifestants, cette réforme va au-delà de la question des retraites. Elle s’inscrirait pour eux dans un questionnement de choix de société, et ils justifient cela par des raisons différentes.

Pour Renaud, employé de la Poste, ce projet de réforme résulte de décisions idéologiques dans le sens où les arbitrages budgétaires de l’Etat pourraient permettre de compenser le déficit du régime actuel de retraite.

Il dénonce ainsi les « cadeaux » qui sont faits aux entreprises, à la place, comme le CICE, ou le crédit impôt recherche.

Interview de Renaud de la Poste (0’58) :

Pour une autre citoyenne, ces arbitrages budgétaires de l’Etat sont dictés par l’Union Européenne. Elle explique cela par le fait que le gouvernement est obligé de suivre les GOPE (Grandes orientations des politiques économiques) sous peine d’amendes. En renvoyant aux conférences de Charles Henri-Gallois (voir vidéo) qui explique la situation en détail, elle en conclut que la seule solution pour éviter ce type de réforme est de quitter l’Union Européenne, ce que l’on appelle le « Frexit ».

Nous sommes soumis aux commissaires européens.

Interview d’une citoyenne pour le Frexit (1’38) :

Pour Jean-Louis, un retraité, la réforme va ruiner les gens. Il explique que cette réforme a pour but, selon lui, de permettre l’ouverture vers un système de retraite par capitalisation du fait de la baisse des pensions. En effet, il démontre que les gens vont être obligés de se tourner petit à petit vers des fonds de pensions pour toucher une retraite décente. Il dénonce aussi l’emprise des multinationales sur les gouvernements et les problèmes de la démocratie actuelle.

Le problème n’est pas d’uniformiser les régimes.

Interview de Jean-Louis, retraité (3’43) :

Pour Simon, un ancien berger, la mobilisation du 5 décembre va au-delà de la question des retraites.

Pour lui, cette réforme va encore creuser les inégalités et doit nous interroger sur notre choix de société. Il dénonce ainsi la société de consommation actuel, très inégalitaire, qui serait à l’origine de la « révolte mondiale » de ces derniers mois (voir article).

Interview de Simon, retraité (1’16) :

Une convergence des luttes ?

La question de la convergence des luttes se pose légitimement au vu de l’ampleur de la mobilisation et surtout de la diversité des revendications lors de la journée du 5 décembre. Voici quelques témoignages de personnes qui croient à la convergence des luttes, et qui pour certaines sont venues défendre d’autres causes que les retraites.

Pour Caroline, qui décrit les deux « facettes » de la Côte d’azur, les luttes se regroupent enfin aujourd’hui. Elle explique qu’elle pense déjà ne pas avoir de retraite au vu de l’évolution actuelle du système et qu’elle prépare donc de son côté de quoi pouvoir vivre.

Elle évoque aussi la question de l’extension de l’aéroport de Nice et ses effet potentiels sur les locaux (voir notre reportage sur le sujet)

Interview de Caroline, pour la convergence des luttes (2’07) :

Pour un membre de l’association APREH qui est éducateur spécialisé, pour faire avancer les choses il faut être ensemble, être solidaire.

Il rappelle que l’on sera tous un jour ou l’autre à la retraite peut importe nos différences. Sa revendication : obtenir plus de moyens pour s’occuper des personnes handicapées.

On est acteur et spectateur de l’évolution de la société.

Interview d’un membre de l’association APREH (1’22) :

Kim s’est, elle, mobilisée pour défendre la vie sauvage. Elle dénonce un « président ami des chasseurs » (voir article), en évoquant notamment les corridas. Elle prend aussi l’exemple du plan national loups (voir lien) qui aurait permis, selon elle, que 100 loups soient légalement tués sur à peu près 500 au total en France, sans même prendre en compte les victimes du braconnage.

On aimerait bien que le vivant soit au centre de cette société.

Interview de Kim, défenseure de la vie sauvage (1’52) :

Enfin pour Manu, il s’agit avant tout d’un ras-le-bol général qui s’exprime dans la rue. Il parle d’un « arc-en-ciel » intéressant de mouvements politiques, composés à titres d’exemples, du rouge de la CGT, du vert des écologistes, du jaune des gilets jaunes ou encore du bleu des partisans du Frexit. 

Je ne me souviens pas d’une manif comme ça (…), je compte en décennies là.

Interview de Manu (2’12) :

Ras-le-bol général ou convergence des luttes ?

Au vu des témoignages que nous avons recueillis, il est clair qu’il y a un véritable ras-le-bol général qui s’est exprimé le 5 décembre dans la rue et qui va bien au-delà de la réforme des retraites. Néanmoins, cette dernière a réussi à rassembler des mouvements politiques et des corps de métiers différents, voir même parfois antagonistes, dans une même lutte. Professeurs, étudiants, pompiers, personnels hospitaliers, agents de la SNCF, salariés du privé, membres d’associations ou retraités ; tous ceux que nous avons rencontrés étaient là pour s’opposer à cette réforme mais aussi pour porter leurs propres revendications. On peut penser en particulier aux pompiers et aux personnels hospitaliers qui sont en grève depuis de nombreux mois. Le ras-le-bol général est donc là et ce dernier s’est accompagné d’un début de convergence des différentes luttes. L’étincelle de la réforme des retraites est indéniable mais le feu de la convergence est-il-là ? Seul le temps nous le dira…. Mais il ne faut pas oublier que convergence des luttes va aussi de pair avec convergence des opinions divergentes, un vent contraire qui pourrait atténuer les flammes de la contestation.

Quentin (article et interviews), Lola (montage sons, interviews, photos),
Guillaume (interviews) et Tania (interviews, photos).