Le 5 décembre : du ras-le-bol général à la convergence des luttes ? #1

Le 5 décembre dernier à Nice, suite à un appel interprofessionnel des syndicats à manifester (à l’exception de la CFDT), près de 10 000 personnes se sont réunies à 10h sur la place Masséna pour exprimer leur opposition à la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Cette réforme peut se résumer en plusieurs points et dans un souci de clarté nous ne rentrerons pas dans les détails (voir article pour plus de détails).

Premièrement, c’est la mise en place d’un système universel de retraite où, en théorie, tout le monde serait égal, car aujourd’hui il existe 42 régimes de retraites différents. C’est ce qu’on appelle les « régimes spéciaux » et qui permettent d’avoir certains avantages comme partir plus tôt à la retraite ou avoir un calcul différent de ses pensions.

Deuxièmement, le mode de calcul des pensions serait modifié. Aujourd’hui, on calcule le montant des pensions avec le nombre de trimestres travaillés. Avec la réforme « à points », on calculerait les pensions avec des points de retraite, accumulés avec le temps de travail, que l’on convertirait une fois notre carrière terminée. L’opposition à la réforme craint ainsi que la valeur des points change avec le temps et que cela fasse baisser les pensions.

Troisièmement, il y aurait une modification de « l’âge d’équilibre » de la retraite, aujourd’hui fixé à 62 ans et qui serait décalé à 64 ans. Ainsi si l’on part avant 64 ans à la retraite, on perdrait une partie de la pension, alors que si l’on part après 64 ans, notre pension serait bonifiée.

Lors de cette manifestation, nous avons rencontré un grand nombre de personnes, salariés du privé comme du public (même si les salariés du secteur public étaient majoritaires), exerçant des métiers différents.

Ils étaient tous là pour s’opposer à cette réforme, parfois pour des raisons différentes, mais étaient unis dans cette manifestation.

Un grand nombre de personnes que nous avons interrogées ont mis en avant le fait que les pensions de retraite baisseraient, selon elles, avec la réforme mais aussi, pour certains, que les conditions de travail ne sont pas assez prises en compte dans cette nouvelle organisation du système de retraite.

Des professeurs de l’Education nationale

Ce professeur d’histoire au lycée Masséna nous explique ainsi qu’il pourrait perdre entre 20 et 30% de sa pension de retraite avec la réforme.

Le syndicat dont il fait partie, le SNALC revendique une hausse des salaires des professeurs et la protection de leurs pensions de retraite.

 

Interview d’un professeur d’histoire du lycée Masséna (0’50) :

Un constat partagé par Antoine, professeur au lycée hôtelier Paul Augier.

Pour lui, les employés de l’Education nationale sont les grands perdants de cette réforme.

Il évoque aussi le futur de ses élèves et les discussions qu’ils ont sur le sujet.

Interview d’Antoine, professeur au lycée Paul Augier (1’23) :

Un syndicat lycéen

Toujours dans le domaine de l’éducation, une des représentantes du syndicat lycéen UNL à Nice, pense que la réforme des retraites va creuser les inégalités.

En nous parlant de la réforme des lycées, elle évoque le « parcours du combattant » que constitue la vie pour les étudiants aujourd’hui.

Interview d’une lycéenne de l’UNL (0’41) :

Une infirmière

Zohra, infirmière, gilet jaune et militante pour l’association Droit au logement 06, parle de la précarité étudiante en prenant l’exemple d’Anas (voir article) après nous avoir exprimé son inquiétude vis-à-vis de la réforme. Elle cite l’explication de François Fillon sur la réforme à points, qui explique qu’elle permet de baisser les pensions de retraite en baissant la valeur des points (voir vidéo).

Ils (les politiques) n’arrêtent pas de dire qu’on ne connaît pas la réforme, mais nous, on les connaît.

Interview de Zohra, infirmière et gilet jaune (1’50) :

Une ancienne agent d’EDF

Irène, ancienne agent d’EDF, qui vendait le Patriote (journal niçois communiste), nous parle elle aussi de sa crainte de perdre une partie de ses droits

On nous enlève tous nos droits, tous nos acquis.

Interview d’Irène, vendeuse du Patriote (0’44) :

Dans d’autres secteurs du service public, les inquiétudes portaient elles aussi sur la baisse des pensions, mais la prise en compte des conditions de travail fait aussi partie des revendications. D’autant plus que certains services sont actuellement en grève par rapport à cela.

Les pompiers

André Goretti, président départemental du syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels, nous explique les raisons qui ont poussé les pompiers à descendre dans la rue. 

Il s’agit aujourd’hui de faire corps entre tous les métiers pour faire plier ce gouvernement.     

Il rappelle notamment que le métier de pompier est un métier dangereux, ce qui devrait être pris en compte dans la réforme selon lui. Les pompiers, en grève depuis juin (voir article), dénoncent aussi le manque d’effectifs et la sur-sollicitation qui pèsent sur les conditions de travail qui se dégradent. Il prône alors la convergence des métiers contre le gouvernement :

Interview d’André Goretti, pompier (2’37) :

Les missions régaliennes, qui devraient être assurées normalement par les services de l’Etat, ne le sont plus.

Les hôpitaux

Du côté des hôpitaux, pour Agnès, secrétaire générale du centre hospitalier de Grasse pour FO, le constat est semblable.

Les hôpitaux sont en grève depuis mars (voir article) pour demander plus de moyens face aux conditions de travail qui vont de mal en pire.

On nous demande de la rentabilité et c’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter quand on travaille avec de l’humain.

Pour Agnès, la réforme des retraites, qui va en particulier toucher les femmes du fait des carrières discontinues selon elle, s’ajoute au gel des salaires et à la perte de sens du métier. En effet, les personnels n’ont plus le temps de prendre soin des patients selon ses mots.

Interview d’Agnès de l’hôpital de Grasse (2’16) :

La SNCF

Enfin, du côté de la SNCF, nous avons rencontré un agent qui a voulu rester anonyme. Ce dernier a souhaité montrer que les employés de la SNCF ne sont pas des « privilégiés », comme le disent un certain nombre de médias. Les agents de la SNCF disposent en effet d’un « régime spécial » qui leur permet, notamment, de partir plus tôt à la retraite.

On n’est pas des privilégiés, par rapport à tout ce qu’on entend.

Il nous explique qu’il a l’âge de partir à la retraite mais qu’il est « obligé » de rester car sa pension de retraite serait trop basse s’il partait dès maintenant. Et ce alors que, comme il le souligne, il est à la SNCF depuis 38 ans et qu’il est agent de maîtrise. Il évoque aussi la pénibilité du métier et la fermeture des guichets.

Interview d’un agent SNCF (3’25) :

 

Quentin (article et interviews), Lola (montage sons, interviews, photos),
Guillaume (interviews) et Tania (interviews, photos).