Interview de Datagueule au PAF 2019

Sylvain Lapoix et Laurent Kinovky, co-auteur et motion designer de DATAGUEULE (l’émission qui décortique l’information avec les chiffres), étaient présents au Play Azur Festival en février dernier. Nous avons eu l’occasion de les interviewer pour découvrir ou redécouvrir leur émission, mais aussi pour avoir leur avis sur notre rapport aux écrans.

 

DATAGUEULE est une chaîne Youtube qui sème des chiffres sur le chemin de l’information pour nous guider vers la compréhension de sujets de société trop souvent rendus flous par notre surexposition à toutes formes de contenu, tout au long de la journée. De la démocratie à l’écologie en passant par la vie privée sur internet ou encore les inégalités sociales…, tous les sujets y passent et sont décortiqués à coup de données parlantes et d’animations explicatives.

Dans cette interview, Sylvain et Kino nous parlent avant tout de la place des écrans dans notre société. Sylvain nous explique que pour lui,  en tant que journaliste, les écrans sont avant tout une interface qui est utilisée pour interagir avec les personnes et les services.

En tant que journaliste, c’est un moyen d’atteindre et d’interagir avec les citoyens et les citoyennes.

Mais, il y a tout de même une limite à cette ouverture puisque l’écran se transforme vite en mur : il devient un intermédiaire avec l’extérieur qui limite l’esprit critique, la discussion et le lien social. Pour lui, l’écran est seulement le début d’un contact, qui doit se reproduire dans la réalité pour aboutir et avoir de véritables effets.

Kino en tant que professionnel du motion design, passe sa vie devant un écran qui est pour lui la porte ouverte sur l’imaginaire et la créativité. L’écran est alors aussi un outil mais avant tout une prolongation de la tête, des mains et de l’imagination, une sorte d’amélioration des capacités humaines. 

Internet est aussi un espace aux doubles facettes très marquées puisqu’il ne faut pas oublier qu’Internet a permis un partage des connaissances sans limite et à des gens hors des normes sociales de se rencontrer. La rencontre est bien plus simple tout en ayant en parallèle la capacité d’enfermer ces mêmes personnes dans leur propre communauté…  Il faut donc se méfier car il est facile de se laisser enfermer dans ses croyances et de se figer dans le communautarisme.

Lorsqu’on parle de l’évolution des écrans, Kino nous partage sa hâte que l’écran disparaisse et prenne une nouvelle forme : le casque de réalité virtuelle ou encore qu’il disparaisse complètement au profit d’une autre interface!  Il aime à anticiper un monde ou l’on pourra travailler dans un cadre choisi , qui briserait le schéma chaise/écran/bureau :

Le changement de cadre va apporter quelque chose à ma création… à condition qu’il y ait une totale maîtrise de l’environnement de travail.

Sylvain quant à lui, nous explique que le cadre dans lequel on utilise les écrans pose des limites. L’interface en elle-même est limitée car on aimerait faire plus de choses que ce que l’écran nous permet de faire. Mais aussi limitante car on ne contrôle pas la manière dont est codée et fabriquée une interface puisqu’il n’y a aucune transparence là-dessus.

La question « qu’est-ce qu’il y a après l’écran? » c’est aussi la question de : Qui est-ce qui détermine l’environnement dans lequel tu évolues en terme d’interface? explique Sylvain.

L’interface peut ainsi changer notre rapport avec le contenu, mais comme on a accès à tout par le biais des écrans, le danger est que notre rapport aux choses de la société en soit aussi changé. La question est donc aussi éthique puisque l’interface de l’écran a le pouvoir de biaiser notre expérience en ligne.

Datagueule, c’est beaucoup de données. Or les chiffres et les données, de manière générale « c’est pas excitant«  nous dit Kino, d’où un important travail en motion design sur le visuel pour attirer l’œil et ajouter humour et dérision afin d’alléger le format.

Ne pas trahir le contenu, ne pas distraire la personne qui regarde mais aussi faire en sorte que ça reste compréhensible.

Tel est le défit de Kino, qui doit aussi veiller à ne pas ennuyer les spectateurs avec un visuel trop limité au fur et à mesure des épisodes. C’est donc un aspect très important, autant que le contenu journalistique et informatif de la vidéo :  le visuel aussi informe mais il est facile de le contrôler, comme pour les écrans au final !

Alexandra Pisano