François Morel au lycée Apollinaire

Le comédien – acteur – chroniqueur, François Morel, est venu à la rencontre d’élèves du lycée Guillaume Apollinaire, le 18 octobre dernier, dans le cadre de « Théâtre pour Tous ». Cette opération lancée depuis deux ans par la Ville de Nice, a pour but de lutter contre l’illettrisme dans les établissements scolaires. La rencontre des élèves avec des artistes du théâtre et du cinéma a alors pour objectif de leur transmettre le goût de l’art.

Lors de cette rencontre, François Morel a raconté son histoire aux élèves avec beaucoup de sincérité. Il a parlé de ses débuts, de son parcours, de son rapport au théâtre et au cinéma mais aussi de son engagement politique.

Notamment connu pour son rôle dans « Les Deschiens » (voir en exemple le sketch « le militaire ») diffusé à l’époque sur Canal +, il s’est aussi illustré au cinéma dans de nombreux films tels que « Le Bonheur est dans le pré » ou encore « Les profs ». Il apparaît aussi dans des séries télévisées comme « Caméra café » ou « Fais pas si, fais pas ça ».

Comédien, auteur, chroniqueur, chanteur…

Véritable artiste, François Morel touche à tous les domaines. En plus d’être comédien et acteur, il est aussi chanteur (voir un de ses clips) et auteur. Son dernier livre « C’est aujourd’hui que je vous aime » parut en début d’année raconte ses amours d’adolescence. Enfin, il est aussi chroniqueur radio sur France Inter (Tous les vendredis à 8h55 : son « billet »).

Cet artiste aux multiples talents avoue tout de même sa préférence pour le théâtre ainsi que son admiration à Raymond Devos, à qui il rend hommage dans son dernier spectacle « J’ai des doutes ».

Interview et débat avec les élèves

Passionnés par son histoire et son parcours, les élèves lui ont posé des questions sur sa vie d’artiste. François Morel s’est alors raconté avec fantaisie, comme il sait si bien le faire, en parlant de son rapport au théâtre et à l’humour, de son engagement mais aussi de ses doutes. A la fin de cette rencontre, il a encouragé les élèves à réaliser leurs rêves, comme lui l’a fait, à travers des paroles positives.

« Ayez confiance, croyez en vos rêves et pour arriver à se faire confiance et à faire confiance en vos rêves, je crois qu’il faut pas mal travailler. »

 

>Ma mère est une grande fan des Deschiens mais personnellement, ça ne me fait pas beaucoup rire. Je pense que c’est un humour qui s’adresse à un public plus âgé non ?

Quand Les Deschiens sont sortis, la série faisait plutôt rire les jeunes. Elle passait sur une chaîne qui était assez jeune : Canal+. Je pense que ça fédérait un tas de gens. Cet humour était d’une certaine façon, un peu particulier par rapport à ce qu’il y avait avant. […]. C’est un humour que j’aimais beaucoup et qui était très novateur pour l’époque. En réalité, Les Deschiens avant de passer à la télévision, c’était des pièces de théâtre avec une troupe qui avait été initiée par Jérôme Deschamps. Quand j’ai vu son premier spectacle, je l’ai adoré car il nous montrait des gens qu’on avait pas l’habitude de présenter au théâtre. J’avais l’impression de voir le voisin de ma grand-mère, un garçon de ferme qui vivait dans une pièce avec sa mère. A l’époque, on disait « Oh, on se moque des pauvres… » mais le fait de les voir sur scène, c’était plutôt une façon de rendre hommage à ces personnes que l’on ne voit jamais. Après, c’est très compliqué de dire pourquoi ça fait rire ou pas. Parfois, ça m’arrive, quand je suis dans une salle de théâtre où je ne ris pas et que tout le monde rit autour de moi. Le rire est une émotion très singulière et très particulière. Chaque personne est touchée par quelqu’un ou pas ou par une certaine forme de rire ou non. Par exemple, je sais que Yolande Moreau m’a toujours fait rire avec un rien, avec quelque chose d’assez mystérieux. Quand je la voyais traverser le plateau dans Lapin Chasseur, elle avait juste une démarche et elle était extraordinaire. Tout le monde était fasciné par cette femme qui reste si particulière. Comment l’expliquer ? C’est comme si je vous disais « ça serait bien que tu tombes amoureux de moi ». Le rire, cela ne se commande pas, c’est un rapport entre deux personnes.

>Est-ce difficile de toucher tous les types de public, jeunes comme âgés ?

C’est mon fantasme, c’est ce que j’aimerais. Je pense qu’un spectacle comme celui que je joue en ce moment « J’ai des doutes », peut parler à pleins de gens divers. Un jeune homme de 15 ans et une vieille dame de 85 ans peuvent avoir, l’un et l’autre, un sentiment assez proche. En tout cas, c’est ce que j’aimerais et c’est ce que je cherche à faire. Après, je n’y pense pas forcément au moment où je suis en train de faire le spectacle ou de l’écrire. Il faut d’abord qu’il me plaise à moi et puis après s’il me convient, si je suis juste, peut-être que je vais trouver le moyen d’émouvoir tout le monde, au moins en partie. Mais c’est vrai que c’est important cette idée-là, que des gens très différents dans une salle de théâtre puissent être réunis et puissent vivre un moment ensemble. Je trouve qu’il y a de moins en moins de lieux où on peut être ensemble. Il y a aujourd’hui des comiques pour juifs, pour arabes, pour homosexuels, pour beaufs et moi j’aimerais bien qu’il y ait des rassembleurs.

>Quelles étaient vos rapports avec M. Devos ?

C’était un grand humoriste Raymond Devos, un humoriste des années 60-70 qui a perduré jusqu’en 2006 car il a travaillé jusqu’au bout. C’était un monsieur qui venait du cabaret, ayant d’abord fait un duo comique qui s’appelait « Les pinçons » dans les années 50. Je l’avais vu sur scène, j’étais juste un spectateur qui le regardait à la télévision. Il m’a profondément impressionné sur scène car il avait une espèce de grande générosité. C’était pas seulement un monsieur qui faisait des jeux de mots derrière un micro, c’était vraiment beaucoup plus large que ça. Il était à la fois mime, jongleur, musicien… Il donnait l’impression de tout maîtriser et il avait surtout une maîtrise des mots qui était formidable. J’étais admiratif de lui. Puis, il se trouve que dans les années 2000, j’ai commencé à faire des chroniques sur France Inter et un jour, Raymond Devos a été invité dans cette émission. J’avais écrit un texte qui imaginait la rencontre entre Dieu et Raymond Devos et ça lui avait plu. Il m’avait ensuite demandé de venir le refaire pour une émission de télévision qui lui rendait hommage, à l’occasion de ses 80 ans. Je l’ai rencontré un petit peu, je sais que mon texte lui a plu mais c’est finalement le seul rapport que j’ai eu avec lui. De moi même, je n’aurais jamais osé faire un spectacle sur Devos, c’est une productrice qui pour les 10 ans de sa mort, m’a demandé d’imaginer une lecture de spectacle.

>Qu’est-ce que vous aimez dans l’humour ?

Ce que j’aime bien des fois dans l’humour, c’est quand on ne sait pas trop pourquoi exactement ça fait rire, mais ça fait rire ! Je trouve qu’il y a quelque chose de mystérieux là-dedans. Souvent le rire, c’est aussi une chose de musicalité, dans le spectacle de Devos par exemple. C’est-à-dire que quand on lit le texte comme ça à froid, ça fait pas forcément rire […]. Il y a une chose mystérieuse qui fait que par le rire et l’investissement des comédiens sur les textes, il y a un truc fabuleux qui se passe et on rit ensemble.

>Quand est-ce que vous avez su que vous vouliez devenir comédien ?

C’est très ancien : je me souviens à l’époque où j’étais petit, il y avait à la télé deux comiques qui s’appelaient Roger-Pierre et Jean-Marie. Et une fois, ma grand-mère m’a demandé ce que je voulais faire dans la vie et j’ai dis : « je veux faire Roger-Pierre et Jean-Marie ». Je me souviens que cette annonce à ma grand-mère m’avait semblé être d’une audace terrible mais je me souviens aussi que j’étais plus petit que la table de la salle-à-manger donc que je n’étais pas grand. Je ne lui ai plus jamais dit car je ne voulais pas que l’on se moque de moi. Mais en moi-même, je me disais : « c’est ça que je veux faire ». Si je n’avais pas fait ça, peut-être que j’aurais écrit. Il y a une époque aussi où je voulais être journaliste, ça aurait pu me plaire. Mais je préfère faire ce que je fais !

>Quels conseils donneriez-vous aux élèves qui veulent faire du cinéma ?

Il ne faut pas hésiter à travailler, bien connaître son rôle, le savoir au-delà de le savoir. Enfin, il faut vraiment être au taquet pour que cela se passe le mieux possible et pour avoir le plus de liberté au moment où l’on est devant la caméra. Il ne faut pas faire ces métiers là avec désinvolture. On a parfois l’impression  que c’est facile, mais ça ne marche pas comme ça. […] Il faut travailler mais il ne faut jamais que le travail se voit. Et en même temps, il faut donner l’impression qu’il n’y a aucun travail, que c’est d’une simplicité abyssale que ce soit sur scène ou devant une caméra. Il faut montrer que l’on est très à l’aise de jouer son personnage et de faire comme si c’était simple, vraiment les doigts dans le nez quoi.

>Lorsque vous jouez, est-ce que vous réfléchissez beaucoup à ce que vous faites ?

Cela dépend : une fois j’ai joué devant une grande professeur de yoga qui m’a dit : « mais en fait, tu fais du yoga quand tu es sur scène ». Et je crois qu’elle avait raison, à ce moment là, j’étais bien. Mais, il y a des jours où c’est compliqué quand on est sur scène. Des fois, il y a plein de choses auxquelles on pense et auxquelles on ne devrait pas penser et c’est une erreur. Mais il m’est déjà arrivé de prononcer mon texte et de penser à autre chose. Je déteste ça. C’est pour cette raison que je n’aime pas savoir qui il y a dans la salle. Quand je sais qu’il y a quelqu’un que je connais dans la salle, tout d’un coup je ne pense qu’à lui. Je me dis : « mais comment il va réagir à cette réplique ? Qu’est-ce qu’il va en penser ? » Enfin, je me dis pleins de choses qui polluent un peu mon interprétation. Alors que quand je suis complètement dans le texte, je ne pense plus à rien sauf à être au service du spectacle que je suis entrain de donner. Cela dépend des jours et je joue mieux quand j’ai ce détachement.

>Êtes-vous plus à l’aise devant une caméra ou sur une scène de théâtre ?

Je crois vraiment que l’endroit où je suis le mieux, c’est sur une scène de théâtre. C’est très différent mais il faut en même temps avoir la même sincérité. Le fait de jouer devant une caméra permet de jouer plus petit, je ne suis pas obligé de porter la voix.

>Est-ce que vous auriez pu faire autre chose que comédien ou acteur ?

Sûrement mais je n’aurais pas aimé. Il aurait fallu que je gagne ma vie, si ces métiers n’avaient pas marché j’aurais fait autre chose. J’ai eu une grande chance : c’est que j’avais plein d’incapacités. Je n’étais pas bricoleur, je n’étais pas sportif, j’avais un physique moyen. Donc comédien comme j’adorais ça, je me suis concentré là-dessus jusqu’à un point un peu obsessionnel. Aujourd’hui, je n’ai pas tellement de hobbies en dehors de mon métier.

>Comment êtes-vous passé du théâtre au cinéma ?

Quand on faisait les Deschiens, on était devenu très à la mode et on a démarré avec cette série. Tous les films voulaient de nous dans leur distribution. J’ai fait quelques films qui étaient vraiment intéressants, Le Bonheur est dans le pré par exemple. C’est né du fait qu’on a eu une petite notoriété à ce moment-là.

>On a vu grâce à votre chronique radio sur France Inter, quand il y a eu cette histoire avec Eric Zemmour,  que vous vous étiez « engagé » pour défendre des idées et des causes. Pouvez-vous nous en parler?

J’ai la chance d’avoir la parole trois minutes, chaque vendredi, pour parler de ce que je veux. C’est un exercice de liberté absolue : l’actualité me touche d’une certaine manière et je réagis à ma façon. Concernant cette histoire, j’avais envie de réagir parce que je pense toujours aux personnes qui n’ont pas des prénoms qui viennent du terroir français et qui sont tout aussi français que « Daniel » ou moi. Je trouvais que c’était important de leur dire : « Vous faites la France et vive la France ! ». Il était important pour moi de leur dire qu’ils avaient tout à fait leur place dans notre communauté. J’ai essayé de le dire de la façon la moins polémique et j’essaye de ne pas rajouter d’hystérie au discours ambiant. C’est pour cette raison que je n’ai pas prononcé une seule fois le nom du polémiste en question. Je voulais juste prononcer des mots positifs pour les gens que ça pouvait déranger d’une certaine manière.

>Pourquoi votre engagement est-il si important pour vous aujourd’hui ?

Je ne sais pas s’il est important, j’ai une parole parmi d’autres. Je fais attention à être d’accord avec tout le monde quand je prends la parole car cela fait 10 ans qu’on me laisse la liberté de parler, chaque semaine. Donc ce qui est essentiel, c’est que je me reconnaisse dans les textes que je prononce. Est-ce que mes textes sont importants ? Est-ce que mes chroniques sont importantes ? Entre nous, je n’en suis pas sûr. Pour moi, c’est important en tout cas d’être d’accord avec moi-même, je ne pourrais pas défendre des idées qui ne seraient pas les miennes. Cependant, je sens que j’ai une petite responsabilité à ce moment-là parce qu’il y a plus de 2 millions de personnes qui m’écoutent. C’est assez impressionnant au départ. Quand j’ai commencé à faire ces chroniques là, je me suis dis : « il y a 2 millions de personnes qui m’écoutent ! Vraiment ma parole n’est pas aussi intéressante ». Après je me suis dis : « Calme-toi ! Je parle juste à quelqu’un qui est entrain de prendre sa douche, il y en a une autre qui est dans sa voiture dans les embouteillages ». La radio c’est aussi quelque chose d’extrêmement intime. Alors, je trouve que le plus important est de bien faire son métier, d’être bien dans sa vie et d’être en accord avec soi-même.

>Quelle sera votre chronique de demain ? (19 octobre – « Avec baba on débat ! »)

Cyril Hanouna vient de faire des débats sur l’avortement et je suis affligé par le fait que l’on repose des questions sur une loi qui date de 1975. Je me disais : « On peut aussi se demander si l’Algérie doit redevenir française ? Si c’est bien de donner le droit de vote aux femmes? Ou si c’est bien que les femmes aient un carnet de chèques ? » Je viens d’une génération où la liberté des femmes demeurait importante. Il fallait se battre pour. Je trouve que l’on vit dans une période de régression sur ces thèmes.

>Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Je vais jouer Jacques Chirac dans un débat. Je reprends le débat télévisé de la présidentielle de 1988, avec Jacques Weber qui joue le rôle de François Mitterrand. C’est vachement intéressant parce que c’est un spectacle qui fait souvent rire. Je me souviens l’avoir vu en direct et ça m’avait pas fait spécialement rire. C’est intéressant de voir comment le théâtre, 25 ans après, peut reprendre un dialogue qui a été inventé comme ça sur le moment par deux grands fauves politiques. Avec le recul, c’est d’autant plus intéressant car ça pose des questions sur la société, sur son évolution, sur certains problèmes qui existaient à l’époque et qui ne sont toujours pas réglés. Cette distance théâtrale a fait que l’on entend le dialogue d’une façon très particulière. Ensuite, je reprends la troisième saison du Baron Noir.

>Est-ce que vous partagez les idées du personnage que vous jouez dans le Baron Noir ?

Je me sens plutôt de ce côté-là (à gauche). Je ne partage pas toutes les idées de Mélenchon pour autant. Des fois je sais pas où je me situe. Je suis un peu comme tout le monde, je me pose des questions. Je suis plutôt de ce côté-là, avec des réserves et j’ai jamais été fan de qui que ce soit. Je sais pas très bien ce que je pense quoi… Mais je crois d’ailleurs que c’est pas tellement la question, j’aurais pu jouer n’importe quel rôle.

>Est-ce que vous auriez un message à faire passer aux lycéens ?

J’espère que je l’ai déjà fait passer. Comme Jean Paul II, parce que je deviens un peu christique, je dirais : « ayez confiance, croyez en vos rêves et pour arriver à se faire confiance et à faire confiance en nos rêves, je crois qu’il faut pas mal travailler ».

Quentin Brun.